Publié : 9 octobre

Marie chez l’ophtalmo

Lai Mairie tchie l’ophtalmo

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 8 octobre 2021

Lai Mairie tchie l’ophtalmo

Lai Mairie, sai vue béche. Èlle dairait allaie tchie l’ophtalmo, mains èlle rebote aidé. Èlle é pavou qu’è yi f’seuche poétchaie des breliçhes. Èt pé encoé, des progressives. Son hanne y ât aivu. Èl ât rentrè d’aivô ènne ordonnance po des progressives. Èl é d’ lai poénne de s’y faire. Pus d’ïn côp, èl ât quasi tchoé ch’ le moére.

Tyaint qu’èlle n’é pus poéyu enflaie le flè dains l’aidieuye, qu’èlle daivait tendre le brais po yére lai feuille, èlle é fini poi conchultaie. Le méd’cïn des eûyes, ïn grant échpéchialichte d’ lai capitale, l’é éxaiminèe d’aivô brâment d’ tieusain, èl é pris l’ temps.
- Mai poûere Mairie, qu’è yi dit, è vôs fât accèptaie d’ poétchaie des breliçhes.
- I m’en dotôs.
- Èt peus, dains vot’ cas, des progressives.
- Oh diaile nian, pe des progressives. D’aivô des progressives, an s’ traibeuche dains les égraies.
- È y é ènne âtre soluchion. I vôs en veus préchcrire dous paires, ènne po voûere de prés èt peus ènne po voûere de loin.
- I n’aî p’ fâte de dous paires de breliçhes. Ènne paire me seuffit, cées po voûere de prés. Mit’naint qu’i seus en r’tréte, les tchoses que sont loin, i aî l’ temps d’allaie les voûere de prés.


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info document -  MP3 - 3.8 Mo

Marie chez l’ophtalmo

Mairie, dont la vue baisse, devrait consulter l’ophtalmo. Mais elle remet indéfiniment. Elle craint que l’oculiste lui prescrive des lunettes. Et pire, des progressives. Son mari a passé chez le spécialiste. Il est rentré avec une ordonnance pour des progressives. Il peine à s’y habituer. Plus d’une fois, il a failli se casser la figure.

Quand elle n’a plus pu enfiler le fil dans l’aiguille, qu’elle devait tendre le bras pour lire le journal, elle s’est résignée à consulter. Le médecin, un spécialiste réputé du chef-lieu, l’a examinée avec la plus grande attention, il a pris le temps.
- Mai pauvre Marie, lui dit-il, il vous faut vous résoudre à porter de lunettes.
- Je m’en doutais.
- Et dans votre cas, des progressives.
- Oh diable non, pas des progressives. Avec des progressives, on trébuche dans les escaliers.
- Il y a une autre solution. Je vais vous en prescrire deux paires, une pour voir de près et une pour voir de loin.
- Je n’ai pas besoin de deux paires de lunettes. Une seule paire me suffit, celle pour voir de près. Depuis que je suis à la retraite, les choses qui sont loin, j’ai le temps d’aller les voir de près.