Publié : 29 mars

Un métier dangereux

Ïn métie daindgerou

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 29 mars 2018

Ïn métie daindgerou

Çoli fait trente ans que ci Mouri fait l’ copou dains les foérêts d’ lai bordgeaisie. È coégnât les richques, mains po ran â monde è n’ voérrait tchaingie d’ métie. Èl ainme lai grante oûere, lai naiture, lai libretè. Èl ainme les aibres, ès yos djâse èt les aibres yi répondant.

Dains lai faimille, ès sont copous dâ lai neût des temps. Le métie ât devni pus aigie. Dains l’temps, è faiyait encoé tirie les grumes d’aivô les tchvâs.
Ïn vardi soi, ci Mouri boit l’aipéro â Noi Moton. Ïn hanne d’ lai vèlle s’ïntéresse è son métie.

- Bonjoué l’hanne. I peus m’ sietaie en vot’ tâle ?
- S’vôs v’lèz.
- Prentes encoé ènne toénèe. Ç’ât moi qu’ l’euffre. Dites-voûere, vôs èz ïn bé métie, mains des pus daindgerous.
- I n’ vôs l’ fais p’ dire. È fât ènne aitteintion de tchéque môment.
- S’an m’ont bïn ïnformè, vot’ pére était dj’ copou.
- Mon grant-pére aich’bïn. Mon riere-grant-pére aito.
- Èl ât aidé vétyaint, vôt pére ?
- Nian, èl ât moûe djûene. È s’ât tyuè en foérêt. Mon grant-pére feut écraisè dôs ïn fô. Mon riere-grant-pére é pris frèd dains l’bôs èt ne s’ât p’ eurbotè. Son pére en lu é r’ci ènne braintçhe ch’ le cevé.
- Èt peus vôs n’èz p’ pavou de r’toénaie tchéque djouè en foérêt ?
- Dites-me, chire, c’ment qu’ès sont moûes, vos véyes ?
- Ès sont tus moûes en lai mâjon dains yote yét
- Èt peus vôs ôjèz encoé allaie â yét tchéque soi ?


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

info document -  MP3 - 4.9 Mo

Un métier dangereux

Cela fait trente ans que Maurice fait le bûcheron dans les forêts de la bourgeoisie. Il connaît les risques du métier, mais pour rien au monde il ne voudrait en changer. Il aime le grand air, la nature, la liberté. Il aime les arbres, il leur parle et ceux-ci lui répondent.

Dans la famille, on est bûcheron depuis la nuit des temps. Le métier est devenu plus facile. Autrefois, il fallait encore sortir les grumes avec les chevaux.
Un vendredi soir, Maurice prend l’apéritif au Mouton Noir. Un citadin s’intéresse à son métier.

—  Bonjour. Je peux m’asseoir à votre table ?.
—  Si vous voulez.
—  Prenez encore quelque chose. C’est moi qui vous l’offre. Certes, vous avez un beau métier, mais des plus dangereux.
—  Je ne vous le fais pas dire. Il faut une attention de tous les instants.
—  Si je suis bien informé, votre père était déjà bûcheron
—  Mon grand-père aussi. Mon arrière-grand-père également.
—  Il vit encore, votre père ?
—  Non, il est mort jeune. Il s’est tué en forêt. Mon grand-père a été écrasé par un hêtre. Mon arrière-grand-père a pris froid dans le bois et ne s’est pas remis. Quant à son père à lui, il a reçu une branche sur le crâne.
—  Et vous ne craignez pas de retourner chaque jour en forêt ?
—  Dites-moi, comment ils sont morts, chez vous ?
—  Ils sont tous morts à la maison, dans leur lit.
—  Et vous osez encore aller au lit chaque soir ?