Publié : 21 janvier 2016

Le Modulor

L’ Modulor

Jean-Marie Moine, Arc Hebdo janvier 2016

L’ Modulor

Vôs èz chur’ment tus ôyi djâsaie di Modulor. Ç’ ât l’ chychtème de m’jure ïnmaîdginè poi ci Le Corbusier pe dèchtïnnè en lai mije en hairmounioujes v’niainnes des ôvraidges d’ air-tchoeuvre. C’ment qu’ ci Le Corbusier ât tchoi â monde en Lai Tchâ-d’ Fonds, ènne roide vie de ç’te vèlle poétche son nom.

Ç’ ât dains ç’te vie qu’ i r’montôs è y’ é quéques djoués, po r’veni en l’ hôtâ. I v’niôs d’ traivoichie lai vie Numa-Droz tiaind qu’ trente métres pus hât, ènne fanne que poétchait ïn tot p’tét l’afnat dains ses brais, ritait en breûyaint po faire è râtaie ïn boûebat d’ è pô prés quaitre ans, qu’ dévâlait è fond d’ chique, en tchaimbe-que-bousse, lai vie di Modulor. Tiaind qu’le boûebat péssé vé moi, bïn chur qu’ i l’ saijéché poi les dous brais po l’ râtaie. È se d’maindé craibïn ç’ que s’ péssait, mains è n’ aivait p’ laîtchie sai tchaimbe-que-bousse ! Sai mére airrivé tot éçhoûechè vés moi, mains èlle ne poéyé ran m’ dire. Èlle me sâté â cô, pe m’ embraissé. Èlle ne saivait ran qu’ quéques mots d’ frainçais, mains i m’ boté è yi djâsaie po lai faire ïn pô è r’pâre son pyiain. I y’ dyé : vôs voîtes, lai vèlle n’ ât pus fait po les afaints ne po des dgens c’ ment qu’ moi. En botaint sai main chus lée, p’ aiprés, en diaint « d’main… » pe en entoéraint son afaint d’ ïn brais, en f’saint ïn grôs rond tot en raivoétaint ïn aîbre qu’ était poi li dains ïn tieutchi pe en s’ coitchaint di s’raye, enfïn en pointaint son doigt chus moi, en m’ diaint « toi », i compregné qu’ èlle me v’lait dire que tchie lée, en Aifrique, les dgens réchpèctïnt les djûenes qu’ eurprejentant l’ aiv’ni, les aîbres qu’ yôs aippoétchant les fruts pe l’ aiv’neutche, pe les « c’ment moi », ces qu’ sont dj’ ïn pô véyes, pochqu’ en prïnchipe, èls aint ïn pô de s’né.

Qué bèlle yeçon, ç’te fanne nôs bèye. I échpére qu’ nôs nanvèlles autoritès v’lant tirie paitchi d’ ci bé l’ éjempye. Jurassiens, çoli vôs tchaindg’rait des dichcoués d’ ces politicous qu’ s’ en vaint, yôs tus qu’ aint tot fait, yôs tus qu’ aint saivu traindre lai véjibyetè d’ vôte care de tiere. Ât-ç’ que nôs autoritès n’ airïnt pus d’ hunmiyitè, pus d’ dichcrèchion ?

Chérs jurassiens l’ aimis, chérs aimis di patois, daivô ïn pô de r’taîd, i vôs entçhvâs tot l’ moiyou po lai nanvèlle année, nian p’ des sôs, mains lai grôte pe di traivaiye po les pus djûenes, pe chutôt ènne boinne saintè, en tus.

J-M. Moine

Paru dans Arc Hebdo, janvier 2016

Le Modulor

Vous avez sûrement tous entendu parler du Modulor. C’est le système imaginé par Le Corbusier et destiné à la mise en proportions harmonieuses des ouvrages d’architecture.

Comme Le Corbusier est né à La Chaux-de-Fonds, une rue pentue de cette ville porte son nom. C’est dans cette rue que je montais, il y a quelques jours, pour revenir à la maison. Je venais de traverser la rue Numa-Droz lorsque trente mètres plus haut, une femme qui portait un tout petit enfant dans ses bras, courait en criant pour que son fils d’à peu près quatre ans qui dévalait à grand train la rue du Modulor, en trottinette, s’arrête. Quand le petit garçon passa vers moi, bien sûr que je le saisis par les deux bras pour l’arrêter. Il se demanda peut-être ce qui se passait, mais il n’avait pas lâché pas sa trottinette ! Sa mère arriva tout essoufflée vers moi, mais elle ne put rien me dire. Elle me sauta au coup et m’embrassa. Elle ne savait que quelques mots de français, mais je me mis à lui parler pour lui faire reprendre un peu son calme. Je lui dis : vous voyez, la ville n’est plus faite pour les enfants, ni pour les gens comme moi. En mettant sa main sur elle, puis en disant « avn… » en entourant son enfant d’un bras, en faisant un gros rond tout en regardant un arbre qui était par là dans un jardin et en se cachant du soleil, enfin en pointant son doigt sur moi en me disant « toi », je compris qu’elle voulait me dire que chez elle, en Afrique, les gens respectaient les jeunes qui représentent l’avenir, les arbres qui leur apportent les fruits et l’ombre, et les « comme moi », ceux qui sont déjà un peu âgés, parce qu’en principe, ils ont un peu de bon sens.

Quelle belle leçon cette femme nous donne. J’espère que nos nouvelles autorités tireront parti de ce bel exemple. Jurassiens, cela vous changera des discours de ces politiciens qui s’ en vont, eux tous qui ont tout fait, eux tous qui ont su rendre la visibilité à votre coin de terre. Nos autorités n’auraient-elles plus d’humilité, plus de discrétion ?

Chers amis jurassiens, chers amis du patois, avec un peu de retard, je vous souhaite tout le meilleur pour la nouvelle année, non pas de l’argent, mais la réussite et le travail pour les jeunes, et surtout une bonne santé, à tous.

J-M. Moine