Publié : 4 juin

Ce n’est pas de sa faute

Ç’ n’ât p’ de sai fâte

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 31 mai 2019

Ç’ n’ât p’ de sai fâte

Le Thiophile, le boûebe de çt’ Henri, fréquente lai Lucie. Ïn pô trop, d’aiprés çt’Armand, le pére d’ lai Lucie. Ès sont bïn djûenes po fréquentaie. Le Thiophile é vingt ans èt sai bionde dieche-heûte. An dirait dous biancs bacs ensoénne.

Ç’ que craingnïnt les poirents des dous aimoérous ât airrivè. Lai Lucie ât v’ni grôsse. Èlle n’é p’ poéyu l’ catchi, çoli s’ voyait. C’était lai voirgangne po les dous faimilles. Dains ci temps-li, an n’ graichoiyait pe d’aivô ces tchoses-li. L’Armand ât allè trovaie çt’ Henri :

- Not’ Lucie, èlle y ât. I yos aî prou dit d’ faire aittention. Te sais ç’ qu’è yi d’moére è faire en ton boûebe.

- I veus yi djâsaie, dit çt’ Henri.

Ces dous djûenes feunes oblidgies d’ se mairiaie. Trâs mois aiprés, lai Lucie é senti les premies mâs. Le Thiophile é aipp’lè sai mére, çtée-ci é ritè tçhri çte Rosalie, lai boénne fanne di coénat. Pendant ç’ temps, lai Lucie se toûejait dains son yét. Le Thiophile en aivait bïn pidie. È lai raivoétait tot capot.

- Mon Dûe, mon Dûe qu’i aî mâ, piaingnait çte pûere dgen.

- Ç’ât d’ mai fâte, ç’ât d’ mai fâte, répétait ci Thiophile que béchait lai téte.

- Mains nian, Thiophile. Ne t’en fais pe. Te n’ y és po ran.

Note
an n’ graichoiyait pe, on ne badinait pas


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Ce n’est pas de sa faute

Théophile, le fils d’Henri, fréquente Lucie. Un peu trop, si l’on en croit Armand, le père de la jeune fille. Ils sont bien jeunes pour fréquenter. Théophile n’a que vingt ans et son amie dix-huit. On dirait deux adolescents ensemble.

Ce que craignaient les parents des deux tourtereaux est arrivé. Lucie est tombée enceinte. Elle n’a pas pu le dissimuler, c’était flagrant. La honte pour les deux familles. A l’époque, on ne plaisantait pas avec la morale. Armand s’en fut trouver Henri :

—  Notre Lucie est enceinte. Je leur avais assez rabâché de faire attention. Tu sais ce qu’il lui reste à faire à ton garçon.

—  Je lui parlerai, dit Henri.

Les deux jeunes gens furent obligés de se marier. Trois mois après, Lucie ressentit les premiers maux. Théophile appela sa mère, laquelle alla chercher Rosalie, la sage-femme. Pendant ce temps, Lucie se tordait de douleur dans son lit. Théophile en avait sincèrement pitié. Tout penaud, il la dévisageait à la dérobée.

—  Mon Dieu, mon Dieu, que j’ai mal, geignait la pauvre femme.

—  C’est de ma faute, c’est de ma faute, répétait Théophile en baissant la tête.

—  Mais non, Théophile. Ne t’en fais pas. Tu n’ y es pour rien.