Publié : 2 août

Une femme charitable

Ènne tchairtâle fanne

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 2 août 2019

Ènne tchairtâle fanne

Entre nos dous v’laidges, è y aivait ènne sabyiere que bèyait ïn tot bon sabye. An en f’sait des plots po lai conchtruction. Le drie paitron n’é p’ trovè de r’prenou èt la sabyiere feut aibaind’nèe.
Ci Djèrmain traivaillait en lai sabyiere. C’était pénibye. È faiyait tchairdgie ces vaigannèts, les boussaie, les vudie, les r’montaie, les r’tchairdgie. Èt dïnche tote lai sïnte djouénèe. È médi, è maindgeait chu piaice. È rentrait en l’hôtâ éroiy’nè.

Ïn soi, è trove sai fanne coutchie d’aivô ïn d’ ces rôlous que vaint de v’laidge en v’laidge, de mâjon en mâjon, que pètlant, que bèyant ïn côp d’ main contre ènne aissiete de sope, que dremant dains les étâles. Tiaind qu’ le Djèrmain entré dains lai tchaimbre, l’hanne eut è poènne le temps de s’ caitchi dôs lai tvétçhe.

- Mains mains mains, ç’ât-é Dûe possibye. ! Te m’ trompes. Èt peus en pus, d’aivô ïn rôlou. Qu’ât-ce qu’è te prend ?

- Aittends, Djèrmain, qu’i t’échpiqueuche. Ne t’engraigne pe. Voili. Ci poûere hanne é fri en lai pouetche. Èl aivait faim. Èl aivait soi. Çoli f’sait dous djoués qu’è n’aivait ran aivailè. I en ai t’aivu pidie. I yi ai prépairè ïn p’tèt r’cegnon. T’airôs fait cment moi, i t’ coégnâs, t’és bon tiûere. I n’ai p’ velu le léchie maindgie tot d’ pai lu. I m’ seus sietèe èt peus i ai maindgie d’aivô lu. Nôs ains euvie ènne botaye de ci vïn qu’ t’és r’ci po tes cïnquante ans. Tiaind qu’èl é t’aivu bïn maindgie èt bïn bu, i yi ai encoé fait ïn café, d’aivô çte daimé qu’ t’és dichtilèe. È m’é r’méchièe bïn poliment. È s’ât y’vè po paitchi èt peus è m’é dit :

« Mai boénne Daime, vôs n’airïns ran qu’ vote hanne ne sèrt pus. Èt peus voili. »

Note
tchairtâle, charitable
lai sabyiere, la sablière


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Une femme charitable

A mi-chemin entre nos deux villages, on exploitait une sablonnière qui fournissait un excellent sable. On en faisait des plots destinés à la construction. Le dernier patron n’a pas trouvé de repreneur et la sablonnière fut laissée à l’abandon.

Germain travaillait à la sablonnière. C’était pénible. Il fallait charger ces wagonnets, les pousser, les vider, les remonter, les recharger. Et ainsi à longueur de journée.A midi, il mangeait sur place. Il rentrait chez lui épuisé.

Un soir, il trouve sa femme couchée avec un de ces rôdeurs qui vont de village en village, de maison en maison, qui mendient, qui donnent un coup de main contre une assiette de soupe, qui dorment dans les étables. Quand Germain entra dans la chambre à coucher, le gueux eut juste le temps de se cacher sous la couverture.

—  Mais mais mais, c’est-il Dieu possible ! Tu me trompes. Et, le comble, avec un trimardeur. Qu’est-ce qui te prend ?

—  Attends, Germain, je vais t’expliquer. Ne te fâche pas. Voilà. Ce pauvre homme a frappé à la porte. Il mourait de faim et de soif. Il n’avait rien avalé depuis deux jours. J’en ai eu pitié. Je lui ai préparé un petit repas. Tu aurais fait pareil, je te connais, tu as bon cœur. Je n’ai pas voulu le laisser anger seul. Je me suis attablée et j’ai mangé avec lui. Nous avons ouvert une de ces bouteilles que u as reçues pour tes cinquante ans. Quand il a eu bien mangé et bien bu, je lui ai encore fait un afé, avec la damassine que tu as distillée. Il m’a remerciée très poliment. Il s’est levé pour partir et l m’a demandé :

« Ma bonne Dame, vous n’auriez rien dont votre mari ne se sert plus ? Et puis voilà.. »