Par : Fleury LJ
Publié : 19 septembre 2012

Une drôle de chasse ...

Enne soûetche de tcheusse ...

Jean-Marie Moine

Enne soûetche de tcheusse ...

Tchétçhun é vu des tcheussous d’aivô des fie-fûes. Dains l’ Jura, an ont meinme vu des tcheussous d’aivô des saits, po lai tcheusse â dairi  ! Mains tiu ât-ç’ qu’ se seuvïnt d’ ces qu’allïnt en lai tcheusse d’aivô des boétes  ? Chur’ment ran qu’ ces qu’ sont tchois â monde d’vaint lai d’riere dyiere.
I m’ raivise qu’ïn djoué, l’ criyou di v’laidge (crieur public), qu’ n’aivait pus d’ pois ch’ lai téte mains qu’en aivait tot piein dôs l’nèz, était fie d’ainnoncie dains tos les câres di v’laidge : « Aivis en tchétçhun. Dâs d’main, tos les afaints daint pâre ènne boéte ch’ possibye en biainc-fie po allaie en l’écôle. L’ tieum’nâ tchairdge le raicodjaire, de faire aiprés l’écôle, dâs les quaitre, d’aivô les afaints, lai raimésse des doryphores....  ». Nôs cheûyïns l’ criyou tot poitchot, taint nôs ainmïns l’voûere tamboérnaie.

Dâli, tos les djoués aiprés l’écôle, pe âchi l’ djûedi pe l’sainm’di lai vâprèe, nôs allïns dains les tchaimps d’ pomattes. L’ raicodjaire s’botait en lai roûe di moitan, les baîchattes d’ènne sen, les boûebats d’ l’ âtre sen d’ lu (ch’è nôs n’aivait p’ déssavrès, les boûebats airïnt chur’ment ailouxie les baîchattes  !). D’aivô nôs p’tétes mains, nôs f’sïnt è tchoire les lairves pe les doryphores dains nôs boétes. Les pies d’ pomattes, qu’étïnt r’tieûvies de roudges-djânes bétes d’aivô des noires roûes, r’trovïnt aiprés note péssaidge yote bèlle voidje tieulèe. Cobïn qu’an ‘n ont raiméssè d’ doryphores  ? Niun n’ le sairait dire. Mains l’annèe qu’é cheuyèt, è n’y en aivait quasi pus  !

Po tchétçhe pieinne boéte, lai tieumeune botait ïn sou dains lai caise de l’écôle.

En lai fïn d’ lai dyiere, c’ment qu’ nôs aivïns bïn traivaiyie, lai commission d’écôle djâbié d’ nôs condure djainqu’è Biene, poch’que piepe yun d’ nôs n’aivait djemais vu ïn lai. Note tiurie trové qu’ c’était mâ fait de n’ p’ allaie djainqu’en l’île Sïnt-Piere. Mains nôs n’aivïns p’ prou d’ sous. C’ ment qu’ c’était ènne annèe d’ caincoidges, l’ présideint dié  : « Es n’aint ran qu’è tcheussie les caincoidges   » Nos voili r’paitchis en lai tcheusse, mains ci côp, è fayait cïntye pieinnes boétes po ïn sou  !

Qu’ nôs ains t’aivu di piaîji chus lai grante née, de Biene en l’île Sïnt-Piere  !

J-M. Moine

Une drôle de chasse ...

Chacun a vu des chasseurs avec des fusils. Dans le Jura, on a même vu des chasseurs équipés de sacs, pour la chasse au dairi  ! Mais qui se souvient de ceux qui allaient à la chasse avec des boîtes  ? Sûrement, seuls ceux qui sont nés avant la dernière guerre.

Je me souviens qu’un jour, le crieur public qui n’avait plus de poils sur la tête mais qui en avait beaucoup sous le nez, était fier d’annoncer dans tous les quartiers du village : « Avis à chacun. Dès demain, tous les enfants doivent prendre une boîte si possible en fer-blanc pour aller à l’école. Le conseil communal charge l’instituteur de faire avec les enfants, après l’école, depuis quatre heures, le ramassage des doryphores...  ». Nous suivions le crieur partout, tant nous aimions le voir tambouriner.

Ainsi, tous les jours après l’école, mais aussi le jeudi et le samedi après-midi, nous allions dans les champs de pommes de terre. Le maître se mettait à la raie du milieu, les filles d’un côté, les garçons de l’autre côté de lui (s’il ne nous avait pas séparés, les garçons auraient certainement enquiquiné les filles  !). Avec nos petites mains, nous faisions tomber les larves et les doryphores dans nos boîtes. Les pieds de pommes de terre, qui étaient recouverts de bêtes rouges-jaunes avec des raies noires, retrouvaient après notre passage leur belle couleur verte. Combien a-t-on ramassé de doryphores  ? Personne ne saurait le dire. Mais l’année suivante, il n’y en avait presque plus  !

Pour chaque boîte pleine, la commune mettait un sou dans la caisse de l’école.

A la fin de la guerre, comme nous avions bien travaillé, la commission d’école envisagea de nous conduire à Bienne, car aucun d’entre nous n’avait jamais vu un lac. Notre curé trouva que c’était mal fait de ne pas aller jusqu’à l’île Saint-Pierre. Mais nous n’avions pas assez d’argent. Comme c’était une année de hannetons, le président dit  : « Ils n’ont qu’à chasser les hannetons   » Nous voilà repartis à la chasse, mais cette fois, il fallait cinq boîtes pleines pour un sou  !
Quel plaisir nous avons eu sur le grand bateau, de Bienne à l’île Saint-Pierre  !