Publié : 15 février

Un bon instituteur

Ïn bon régent

Publié dans le Quotidien Jurassien le 15 février 2018

Ïn bon régent

Les éyeuves sont aiptchis : èl ât défendu de djâsaie le patois en l’écôle. Çtu que s’ré cheurpris s’ré peuni. Not’ régent fait son daivoi. Ç’ât ç’ qu’on yi d’mainde. È cheurvoiye son p’tèt monde aich’ bïn dains lai coué que dains lai classe. Tiaind qu’èl en trove yun que s’aibaindonne è djâsaie patois, ç’ât lai gnafe ou bïn « Te m’copierés cent côps I n’ dais pe djâsaie patois en l’écôle », è faire signaie poi les poirents. Ç’ât ïn bon régent, que fait bïn son traivaiye. Les éyeuves en aint pavou. Les poirents ne dyant ran, l’inchpècteur ât content. Le tiurie èt l’ régent sont ènne paire d’aimis. Lai régente n’ât p’ âchi chtrèngue. Les afaints l’aimant cment ènne mére. « Èl ât bé, mon dessin, Daime ? Ç’ât po vôs. »

Not’ régent, ç’ât ïn tot foûe cognéchou di patois. Feu d’ lai classe, è le djâse, è le gray’ne ch’ lai feuille èt dains des r’vues. Mains tiaind qu’è raicoèdge, ç’ât ènne âtre tchainson.

Ci yundi maitïn, è rend les composichions. Les éyeuves daivïnt pailaie d’ lai foire. Èl aicmence poi l’ moiyou èt yi sarre lai main po l’ félicitaie.

Èl airrive â P’tèt Bianc, le fé di Bianc tchie l’ Bianc, le drie d’ lai classe, ïn ainnonçaint, yun d’ ces qu’ n’ aint p’inventè l’âve tchâde. È n’ peut p’ s’eurteni : « Yè bïn, qu’è dit en patois, çtu-ci, ç’ât l’ pèrpèt. Yun ! Te n’ mérites pe pus. »

—  Mains Métre, que fait le P’èt Bianc, i craiyôs qu’èl était défendu de djasaie l’patois en l’ écôle.


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

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Un bon instituteur

Les élèves sont avertis : il est défendu de parler patois à l’école. Celui qui sera surpris sera puni. L’enseignant fait son devoir. C’est ce qu’on lui demande. Il surveille son petit monde aussi bien dans la cour que dans la classe. Quand il en trouve un qui se laisse aller à parler patois, c’est une baffe ou bien « Tu me copieras cent fois Je ne dois pas parler patois à l’école », à faire signer par les parents. C’est un bon instituteur qui fait bien son travail. Les élèves le craignent. Les parents ne disent rien, l’inspecteur est content. Le curé et lui forment une paire d’amis. L’institutrice n’est pas aussi sévère. Les enfants l’aiment comme une mère. « Il est beau, mon dessin, Madame ? C’est pour vous. »

Notre instituteur, c’est un excellent connaisseur du patois. En dehors de la classe, il le parle, il l’écrit dans le journal et dans différentes revues. Mais dans l’exercice de sa profession, c’est une autre chanson.

Ce lundi matin, il rend les compositions. Les élèves devaient parler de la foire. Il commence par le meilleur résultat, félicite son auteur et lui serre la main.

Il arrive à celui qu’on surnomme le P’tit Blanc, le fils du Blanc chez l’ Blanc, le cancre de la classe, un demeuré, un de ceux qui n’ont pas inventé l’eau chaude. Il ne peut pas se retenir : « Eh bien, s’écrie-t-il en patois, celui-ci, c’est le champion ! Un ! Il ne mérite pas plus. »

—  Mais, Maître, fait le P’tit Blanc, je croyais qu’il était défendu de parler patois à l’école.