Publié : 9 février

Le mariage de la Louise

Le mairiaidge de lai Louise

Publié dans le Quotidien Jurassien le 9 février 2018

Le mairiaidge de lai Louise

Lai Louise qu’aippreutchait de ses vingt-cïntye ans airait bïn v’lu s’mairiaie. C’était ènne boènne baîchatte mains qu’ n’aivait p’ de dot. Les bouebes tieurant des sous èt çte poûere Louise n’en n’aivait pe.

Èlle s’en feut trovaie l’ tiurie.

—  Hé ! Qu’ât-ce qu’è y é d’ neu, Louise ?

—  Ran d’âtre, Monsieu l’ tiurie, qu’ïn aiccident que m’ât airrivè. I aî predju ènne sacoche aivô vingt mille francs dedains èt peus i seus v’ni vôs dire d’aivoi lai bontè de d’maindaie dâ enson lai tchaïre se quéqu’un ne l’airait p’eurtrovè.

—  Hé bïn, an peut dire que t’ n’és pe aivu de tchaince, dyé l’ tiurie. Mains i veus faire tai commission bïn v’lantie.

Le dûemoinne, aivaint son prâtche, le tiurie, ainnoncé :

—  È y é lai Louise qu’é predju ènne sacoche aivô vingt mille francs dedains. Se quéqu’un…

—  Ç’ n’ât p’ lai poène, que crié lai Louise dâ son bainc. I l’aî r’trovè. I vôs r’mèchie, Monsieu l’ tiurie.

Tiaind qu’an seut dains le v’laidge que lai Louise aivait des sous, les aimoérous airrivennent, èt peus trâs snainnes aiprés, èlle mairiait le p’tèt François.

Ïn dûemoinne aiprés dénèe, François yi dyé :

—  Ç’ât d’main lai foire de Poérreintru. I aî bïn envie d’y allaie po aich’taie ènne vaitche.

—  T’és réjon, François, vai pie.

—  Mains po aitch’taie, è fât des sous. S’ te v’lôs m’aivaincie dous trâs byats chu tes vingt mille francs…

—  T’ peus aidé ritaie. I m’ seus démerdè po aivoi ïn hanne, démerde-te po aivoi ènne vaitche.

D’après Paul Moine, Revue jurassienne, 1949

Le mariage de la Louise

La Louise, qui approchait de ses vingt-cinq ans, aurait bien voulu se marier. C’était une bonne fille mais qui n’avait pas de dot. Les garçons recherchent des sous et cette pauvre Louise n’en n’avait pas.

Elle s’en fut trouver le curé.

—  Eh, quoi de neuf, Louise ?

—  Rien d’autre, Monsieur le Curé, si ce n’est une fâcheuse mésaventure qui m’est arrivée. J’ai perdu une sacoche contenant vingt mille francs. Je suis venue vous dire d’avoir lai bonté de demander du haut de la chaire si quelqu’un ne l’aurait pas retrouvée.

—  Oh ça, on peut dire que tu n’as pas eu de chance, dit le curé. C’est très volontiers que je te rendrai ce service.

Le dimanche, avant son prêche, le curé, annonça :

—  La Louise a perdu une sacoche contenant vingt mille francs. Si quelqu’un…

—  Ce n’est pas la peine, cria la Louise de son banc. Je l’ai retrouvée. Merci, Monsieur le Curé !.

Lorsque, dans le village, on sut que la Louise avait des sous, les prétendants se présentèrent et, trois semaines plus tard, elle épousait le petit François.

Un dimanche, après le dîner, François lui dit :

—  Demain, c’est la foire de Porrentruy. J’ai bien envie d’y aller pour acheter une vache.

—  Tus as raison, François, vas-y !

—  Mais pour acheter, il faut des sous. Si tu voulais bien m’avancer quelques billets sur tes vingt mille francs…

—  Tu peux toujours courir. Je me suis débrouillée pour avoir un homme, débrouille-toi pour avoir une vache.

D’après Paul Moine, Revue jurassienne, 1949


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

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