Par : Fleury LJ
Publié : 12 septembre 2012

Un beau Noël.

In bé Nâ.

Jean-Marie Moine

In bé Nâ.

In pére aivait éyevè brâment d’afaints qu’ s’en étïnt tus bïn tirie, sâf le d’rie qu’aivait ... ïn pô mâ virie. El était tchoi â monde bïn aiprés les âtres. Dâs grant, les fréres è les soeurs de ci tchioni aivïnt trovè qu’ yote djûene aivait sai téte de boc.

E n’y é ran qu’ lai mére qu’aivait épreuvè d’ le compâre. S’vent, èlle s’était botè en traivie des breûyous, dains l’ poiye, tiaind qu’ les dichcuchions étint â pus foûe. El aivait tçhittie l’écôle, aibaind’nè son aipprentésaidge, pe s’était botè è rôlaie dains des yûes qu’ an n’ ainme pe djâsaie. Pe ïn djoué, è y aivait mitnaint pus d’ènne annèe, l’ pére feut dains ènne tâ graingne, qu’è foté d’ feus d’ l’ hôtâ son pus djûene fé.

Dâs ci djoué-li, l’ hôtâ feut trichte. Niun n’ diait pus ran âtoé d’ lai tâle d’ lai tieûjainne. Les nonnes étïnt couétches, è n’y aivait quasi pus d’ lôvrèes. Meinme les djûenes qu’étïnt mairiès, ne r’venyïnt pus s’vent en l’ hôtâ d’aivô les p’téts l’afaints. L’père aivait predju sai painse, è n’ diait quasi pus ran, piepe en sai fanne. E s’était botè è boire. A v’laidge, è péssait bïntôt po ènne véye plisse.

Lai féte de Nâ était li. L’ pére aivait drassie l’ saipïn dains l’ poiye. C’ment d’aivéje, les p’téts l’afaints l’ aivïnt découérè. Dedôs, lai rantche était li d’aivô totes ses dgens  : L’ Sïnt Djôsèt, lai Sainte Vierdge, l ‘afaint Djésus, les bardgies. E y aivait âchi l’ aîne, l’ bûe, pe ènne rote de berbis.

Les afaints aittendïnt d’ poéyait enfûere les tchaind’lattes. Tot d’ïn côp an ôyé taiçhaie en lai poûetche. Lai mére allé euvie.

- Eh bondjoué Mairie  ! Qué boinne novèlle  

Lai Mairie, ïn pô tiaimu réponjé  :

-  Bondjoué Maidaime. At-ç’ qu’i vôs déraindge  

-  Mains nian, vïns, entre  

- C’ ât qu’ i n’ seus p’ tot d’ pai moi  !

En pûeraint, èlle oûejé dire  : « I vïns d’aivô ... d’aivô vote pus djûene boûebe.  »

L’ pére qu’ n’ était p’ soédge, cheûyè poi lai p’téte Laure, aivait fait ïn lain vés l’ dôs l’ hôtâ en breûyaint  : « Laivoù qu’ ès sont qu’ i les embraisseuche   »

Lai Laure rité vés l’ saipïn en diaint  : « L’ onçha ât r’veni   »

Lai lôvrèe d’ Nâ feut bèlle. An ont quasi rébiè l’ houre d’ lai mâsse de méneût.
J-M. Moine

Un beau Noël.

Un père avait élevé beaucoup d’enfants qui s’en était tous bien tirés, sauf le dernier qui avait ... un peu mal tourné. Il était né bien après les autres. Depuis longtemps, les frères et soeurs de ce cadet avaient trouvé que ce plus jeune enfant avait une forte tête.

Il n’y a que la mère qui avait essayé de le comprendre. Souvent elle s’était mise en travers de ceux qui braillaient, dans la chambre, lorsque les disputes fusaient. Il avait quitté l’école, abandonné son apprentissage, puis s’était mis à fréquenter des lieux dont on n’aime pas parler. Un jour, il y a plus d’une année, le père était entré dans une telle colère, qu’il avait jeté son plus jeune fils hors de la maison.

Depuis ce jour, la maison fut triste. Personne ne disait plus rien autour de la table de la cuisine. Les repas étaient courts, il n’y avait presque plus de veillées. Même les jeunes qui étaient mariés, ne revenaient plus souvent à la maison avec les petits enfants. Le père avait maigri, il ne disait presque plus rien, même à sa femme. Il s’était mis à boire. Au village, il passait bientôt pour un ivrogne.

La fête de Noël était là. Le père avait dressé le sapin dans la chambre. Comme d’habitude, les petits enfants l’avaient décoré. La crèche avait été disposée avec tous ses personnages  : Saint Joseph, la Sainte Vierge, l’enfant Jésus avec les bergers. Il y avait aussi l’âne, le bœuf, et un troupeau de moutons.

Les enfants attendaient de pouvoir allumer les bougies. Soudain on entendit frapper à la porte. La mère alla ouvrir.

- Eh bonjour Marie  ! Quelle bonne nouvelle  ?

Marie, un peu embarrassée répondit  :

- Bonjour Madame. Est-ce que je vous dérange  ?

- Mais non, viens, entre  !

- C’est que je ne suis pas seule  !

En pleurant, elle osa dire  : « Je viens avec ... avec votre plus jeune fils.  »

Le père qui n’était pas sourd, suivi de la petite Laure, avait fait un bond vers le devant l’huis en criant  : « Où sont-ils que je les embrasse   »

Laure courut vers le sapin en disant  : « L’oncle est revenu   »

La veillée de Noël fut belle. On en oublia presque l’heure de la messe de minuit.