Publié : 24 octobre

Le bio

L’ bio

Jean-Marie Moine, Arc Hebdo octobre 2019

L’ bio

Tiaind qu’les dgens èc’mençant è botaie ïn mot en totes les sâces, vôs peutes étre chur qu’è veut pô è pô piedre son vrâ seinche. Âdj’d’heû, l’mot qu’i veus djâsaie, ç’ ât l’« bio ». Ci mot é trovè sai conchécrâchion d’l’ eûjaidge, tiaind qu’an ont çhoulè â piyouri l’mot dyi-phojaite « glyphosate », nom d’ ci prôdut diqué qu’ v’niant tos les mâs. Mit’naint, tot ât bio ! I seus chur que vôs, jurassiens l’aimis, vôs se n’léchietes pe aibujaie poi totes ces mentes. È y’ é grant qu’ces « grôs » d’l’ iconanmie aint d’maindè és chemichtes d’lai dg’natchrie, d’tro-vaie ènne âtre poûerie po rempiaicie ci dyiphojaite ! Po moi, lai bio tiulture s’ât péssè d’vaint lai fïn d’lai ch’conde mondiâ dyierre. En ci temps-li, è n’y aivait p’ d’engrain. Ces qu’n’étïnt p’paiyijains raiméssïnt les bousèts des vaitches pe les creuttïns des tchvâs, chus lai vie, po foirtiyijie lai tiere d’yôs tieutchis. Po nenttayie les vies, tchétçhe s’nainne, le saimdi soi, è n’y aivait p’ d’écouvoouje. Les dgens écouvïnt le d’vaint-l’heû pe lai vie qu’péssait vés
l’hôtâ. Piep’ ïn gralie d’poyuchion. Vés les annèes 1962, yun des proufèchous d’l’ Eunivèr-chitè d’Nûetchété aivait raivivè mai mémoûere en nôs r’containt ïn échpijôde d’ lai bio aigretiuy’ture. È nôs é djâsè de ç’ que s’ât péssè, en Suisse, vés lai fïn d’lai ch’conde mondiâ dyierre, tiaind qu’po yuttaie contre les corichores dains les tchaimps de pommattes (ou cori-ches), pe contre les caincoidges dains les voirdgies. Ç’ ât les afaints qu’allïnt, aiprés l’écôle, raiméssaie les corichores pe les caincoi-dges qu’è botïnt dains des boétes. Lai tieûmune était tchairdgie d’coullèctaie les pieinnes boétes, d’les débairraichie, pe d’voichaie ïn sôs poi pieinne boéte dains l’éch’colére caîse. D’âtre paît, è n’y’ aivait pe de machine è émoine po puy’vérijie totes soûetches de prôduts chus les tchaimps, po détrure les croûeyes l’hierbes. Les dgens paitchïnt daivô des çhâçhous, pe pregnïnt l’temps pe lai poinne de çhâçhaie tos les tchaimps d’biè, d’oûerdge, d’aivéne obïn d’soiye. Ball’ment mains chûr’ment, an n’trovait pus piepe ènne traîce de trïnnatte, de tchaidgeons, de raiv’reûtches … Çoli, c’était d’lai vrâ bioscienchouje tiuyture. I ainm’rôs dire en tos ces djûenes Jurassiens qu’yuttant po sâvaie lai naiture (les tchaimps, les bôs, l’aiçhaile [le climat]), qu’i seus, bïn chur, d’aiccoûe daivôs yôs, mains qu’lai seingne soyuchion qu’é des tchainces de vait-bïn, ç’ ât ïn dgén’râ r’toué en drie !

J.-M. Moine

Le bio

Quand les gens commencent à mettre un mot à toutes les sauces, vous pouvez être certains qu’il va peu à peu perdre son vrai sens. Aujourd’hui,le mot dont je vais parler, c’est le « bio »
Ce mot a trouvé sa consécration d’usage lorsqu’on a cloué au pilori le mot glyphosate, nom de ce produit duquel viennent tous les maux. Maintenant, tout est bio ! Je suis sûr que vous, amis jurassiens, vous ne vous laissez pas abuser par tous ces mensonges. Il y a longtemps que ces « gros » de l’économie ont demandé aux chimistes de la magie, de trouver une autre saloperie pour remplacer ce glyphosate ! Pour moi, la culture bio s’est passée avant la fin de la seconde guerre mondiale. En ce temps-là, il n’y avait pas d’engrais. Ceux qui n’étaient pas paysans ramassaient les bousèts [français régional] des vaches et les crottins des chevaux dans la rue, pour fertiliser la terre de leurs jardins. Pour nettoyer les rues, chaque semaine, le samedi soir, il n’y avait pas de balayeuse. Les gens balayaient le devant l’huis et la rue qui passait devant la maison. Aucune pollution. Vers les années 1962, un des professeurs de l’Université de Neuchâtel avait ravivé ma mémoire en nous racontant un épisode de l’agriculture bio. Il nous a parlé de ce qui s’est passé, en Suisse, vers la fin de la seconde guerre mondiale, quand pour lutter contre les doryphores dans les champs de pommes de terre, et contre les hannetons dans les vergers. Ce sont les enfants qui allaient, après l’école, ramasser les doryphores et les han-netons et les mettaient dans des boîtes. La commune était chargée de collecter les boîtes plei-nes, de les débarrasser, et de verser un sou par boite pleine dans la caisse scolaire. Par ailleurs il n’y avait pas de machine à pulvériser toutes sortes de produits dans les champs, pour détrui-re les mauvaises herbes. Les gens partaient avec des sarcloirs, et prenaient le temps et la peine de sarcler tous les champs de blé, d’orge, d’avoine ou de seigle. Lentement mais sûrement, on ne trouvait plus aucune trace de liseron des champs, de chardons, de ravenelles …Cela, c’était de la vraie culture biologique. J’aimerais dire à tous ces jeunes Jurassiens qui luttent pour sauver la nature (les champs, les forêts, le climat, …) que je suis, bien sûr, d’accord avec eux, mais que la seule solution qui a des chances de succès, c’est un retour en arrière général.

J.-M. Moine