Publié : 17 août 2018

Un vieux séducteur

Ïn véye galaint

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 17 août 2018

Ïn véye galaint

Niun n’yi bèy’rait son aidge en çt’Albert que vïnt d’ fétaie ses nonante ans. Bon pie, bon oeûeye. Piepe ènne ride, piepe ïn bianc poi. È condut encoé sai dyïmbarde. Son Amélie, èl é daivu lai piaiçaie è Boncouèt. Les rair’s côps qu’è vait lai voûere, ès n’ se dyant ran. L’Amélie n’ le r’coégnât pus. Èlle é predju lai mémouere. Lu, è r’luque ces bèlles petètes Française que s’otyupant des véyes.

I m’ seus léchie dire qu’è fréquente les fannes ladgieres. È peut bïn, èl é les sos èt lai vidyouere. Mains les ans sont tot d’ meinme li, è y é des côps qu’è sent lai sôltè. Çoli yi fait di tieusain. È s’rend tchie l’ médecïn.

—  Dottoé, è m’ fârait ïn r’montaint.

—  Yè, poquoi faire ?

—  Nôs sons entre hannes. I peus vôs djâsaie sains pavou.

—  Dites-me, Pére Albert, dites-me pie.

—  Éh bïn voili. Tiaind qu’i monte tchie mai compainne, ç’ n’ât pus c’ment ci en d’vaint. Vôs comprentes ? È y é âtçhe que cieutche.

—  Le çhoûçhe, crais bïn.

—  Po l’ premie, çoli vait. Le doûejieme, tot djeute. Mains â trâjieme, i n’en peus pus.

—  Bon. I vois. I ai droit ç’ qu’è vôs fât. Mains vôs saites l’aidge que vôs èz, Pére Albert. È y é des djûenes hannes que n’ poéyant pe en faire aitaint. È s’ vôs fât ménaidgie. I vôs consèye d’ vôs râtaie â doûjieme.

—  Le probyème, Dottoé ç’ât qu’ mai compainne, èlle demoère â quaitrieme.

Note

lai sôltè, la fatigue

mai compainne, ma copine


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

info document -  MP3 - 4.5 Mo

Un vieux séducteur

Albert vient de fêter ses nonante ans. Personne ne lui donnerait son âge. Bon pied, bon œil. Pas une ride, pas un cheveu blanc. Il conduit encore sa voiture. Amélie, son épouse, il a dû la placer à Boncourt, au home des Chevriers. Les rares fois qu’il lui rend visite, ils ne se disent rien. Amélie ne le reconnaît plus. Elle a perdu la mémoire. Il en profite pour reluquer ces charmantes petites Françaises qui s’occupent des pensionnaires.

Je me suis laissé dire qu’’il fréquente les femmes légères. Il peut bien, il en a les moyens et il est vigoureux. Les années sont là toutefois, et il lui arrive de ressentir la fatigue. Ça l’inquiète. Il se rend chez son médecin.

—  Docteur, il me faudrait un fortifiant.

—  Pourquoi faire ?

—  Nous sommes entre hommes, n’est-ce pas. Je peux vous parler en toute sincérité.

—  Dites-moi, Père Albert, je vous écoute.

—  Eh bien, voilà. Quand je monte chez ma maîtresse, ce n’est plus comme avant, vous comprenez ? Il y a quelque chose qui cloche.

—  Le souffle, sans doute.

—  Pour le premier, ça va. Le deuxième, tout juste. Au troisième, je n’en peux plus.

—  Bon. Je vois. J’ai ce qu’il vous faut. Mais vous savez l’âge que vous avez, Père Albert. Il y a des plus jeunes qui ne peuvent pas en faire autant. Il faut vous ménager. Je vous conseille de vous arrêter au deuxième.

—  Le problème, Docteur, c’est que ma copine, elle habite au quatrième.