Publié : 24 mai

Rupture

Brijure

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 24 mai 2019

Brijure

Çte Marcèlle èt ci Nèchti, çoli fait cïntye ans qu’ès fréquentant. Ât-ce qu’ès v’lant s’ décidaie à s’ mairiaie. Ç’ât ç’ que se sont demaindè les poirents des dous sens que voérrïnt ènne bèlle cérémonie â môtie èt peus des aiffaires en oûedre po l’hèrtaince. R’mairtçhèz, â djoué d’âdj’d’heu, an n’ se mairie pus brament. Les aivéjes aint tchaindgie. Poitchaint, çte Marcèlle èt ci Nèchti, ne sont p’ contre le mairiaidge. Çte Marcèlle é dje sai reube, ci Nèchti, sai véture. Ès aint dje pubyè les bans dous côps, rontu dous côps. Ès s’ainmant, ès désainmant. Ès vétyant ensoénne chés mois durant, peus ès péssant chés mois sains s’ voûere.

Laivou qu’èls en sont mit’naint ? Çte Marcèlle ât r’toénèe tchie ses poirents. Ci Nèchti aittend, ç’ n’ât p’ le premie côp. Çte Marcèlle ne sait pus en qué sïnt s’aidrassie. Chutot qu’ mit’naint sai mére ne râte pe d’yi dire : « Ci Nèchti, ç’ n’ât p’ ïn hanne po toi ».

- Mains i l’ainme, dit çte poûere baichatte en pûeraint.

Les poirents di djûene hanne dyant lai meinme tchose. « Crais-nôs, Nèchti, lai Marcèlle, ç’ n’ât p’ lai fanne qu’è t’ fât ».

- Mains i l’ainme, dit ci Nèchti. Vôs n’ peutes vôs botaie en mai piaice.

Dains son yét, lai Marcèlle s’eur’mue sans trovaie lai sanne. Èlle révije le révoiye. Ènne hoûere di maitïn. « È fât râtaie d’ tchipotaie, » qu’èlle se dit. « Nôs en en v’lans fini ènne boénne fois ». Le tiûere baittaint, èlle téléphone en ci Nèchti. Çoli soénne longtemps. Enfin, è décreutche.

- Ç’ât moi, Nèchti. Entre nôs dous, ç’ât fini. I n’ t’ainme pus, t’és compris ?

- Moi non pus, dit l’ Nèchti.

Èt peus è s’ rendoûe.


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Rupture

Marcelle et Ernest fréquentent depuis cinq ans. Vont-ils enfin se décider à se marier ? C’est la question que se sont posé les parents respectifs qui souhaitaient une belle cérémonie à l’église et des affaires en ordre en vue de l’héritage. Remarquez que, de nos jours, on ne se marie plus beaucoup. Les mœurs ont changé. Toutefois, Marcelle et Ernest ne sont pas contre le mariage. Marcelle a déjà acheté sa robe, Ernest son complet. Les bans ont été publiés à deux reprises, suivis de deux ruptures. Ils s’aiment, ils ne s’aiment plus. Ils vivent sous le même toit six mois durant, puis passent six mois sans se revoir.

Où en sont-ils maintenant ? Marcelle est retournée chez ses parents. Ernest attend, ce n’est pas la première fois. Marcelle ne sait plus à quel saint s’adresser. D’autant plus qu’à présent, sa mère ne cesse de lui répéter : « Cet Ernest, ce n’est pas un homme pour toi ».

—  Mais je l’aime, sanglote cette pauvre jeune fille.

Les parents du jeune homme en sont venus à tenir des propos semblables. « Crois-nous, Ernest, Marcelle, ce n’est pas la femme qu’il te faut ».

—  Mais je l’aime, rétorque Ernest. Vous ne pouvez pas vous mettre à ma place.

Dans son lit, Marcelle s’agite sans parvenir à trouver le sommeil. Elle consulte le réveil. Une heure du matin.« Cessons de tergiverser », se dit-elle. « Finissons-en une bonne fois ». Le cœur battant, elle téléphone à Ernest. La sonnerie dure longtemps. Enfin, il décroche.

—  C’est moi, Ernest. Entre nous deux, c’est fini. Je ne t’aime plus, tu as compris ?

—  Moi non plus, répond simplement Ernest.

Et là-dessus, il se rendort.
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