Publié : 18 décembre 2015

Trois souvenirs d’école

Trâs seûv’nis d’ l’ écôle

Jean-Marie Moine

Paru dans Arc Hebdo, décembre 2015

Trâs seûv’nis d’ l’ écôle

I seus quâsi chûr qu’ è vôs airrive sobtain, craibïn â moitan d’ lai neût obïn tiaind qu’ vôs vendlèz dains les bôs, d’ se musaie en âtçhe que s’ ât péssè è y é che grant, qu’ vôs craiyïns qu’ vôs l’ aivïns rébiè. Ç’ ât ç’ qu’ i aî vétçhu l’âtre djoué, tiaind qu’ i r’ veniôs en
l’ hôtâ, è pie dâs lai vèlle. En péssaint â long d’ ènne rantche, i voiyé dous p’téts l’afaints
qu’ enf’lïnt des bôles dains des fies d’ airtchâ. M’ voili r’veni pus d’ sèptante ans en d’rie.

Po nôs aippâre è comptaie, l’ véye régent d’ mon v’laidge, traiyait les dieche tidges di bôlie
d’ l’ écôle. Les ceint bôles rôlïnt tot poitchot dains lai çhaisse. Nôs, les p’téts, nôs daivïns les tçh’ri pe les r’botaie en oûedre chus les tidges di bôlie. Ç’ ât aîgie è dire, mains ç’ que vôs
n’ saîtes pe, ç’ ât qu’ è n’ y aivait ran qu’ ènne çhaisse â v’laidge. Dâli tiaind qu’ è fayait allaie pâre les bôles dôs les pies des pus grôs l’ écôlies qu’ aivïnt djainqu` è heûte ans d’ pus
qu’ nôs, è fât voûere les côps, les trifouéyies qu’ nôs raiméssïns…

Ïn pô pus hât qu’ lai rantche, ïn hanne breûlait d’ lai croûeye hierbe dains son tieutchi.
M’ voili r’poétchè en lai caintonale Ecôle de Poérreintru, en ènne yeçon d’ physique. Le raicodjaire aivait enfûe ïn bétçhe Bunsen. È d’maindé en ènne baîchatte, lai Rôse-Mairie, de v’ni vés lu pe y’ bèyé ènne tidge en fie qu’ èlle daivait t’ni en ïn bout dains sai main, l’ âtre bout d’moéraint ât d’ tchus d’ lai çhaîme di bètçhe Bunsen. L’ raicodjaire yi d’maindé :

« Qu’ ât-ç’ que s’ pésse ? »

Lai Rôse-Mairie n’ saivait p’ quoi répondre. Dâli, l’ raicodjaire viré ïn pô pus l’ poula di bètche Bunsen pe eurdemaindé :

« Qu’ ât-ç’ que s’ pésse ? »

Lai baîchatte grulé ïn pô pe dié :

« Çoli étchâde ! »

Ïn toué d’ pus â poula di bètçhe Bunsen, pe note Rôse-Mairie breuyé

« Aïe, çoli breûle ! »

Nian, çoli n’ breûle pe qu’ réponjé l’ maître, mains l’ fie condut lai tchâlou… !

Pe è çhioûeçhé l’ bètçhe Bunsen.

Ïn âtre seûv’ni me r’venié tiaind qu’ i croûegé ïn djûene hanne de tyipe airaibe. C’ était di temps qu’ i ensoingnôs â Loûeçhe, è y’ é ènne vintainne d’ annèes. En l’ ècmenç’ment d’ èn-ne novelle annèe, yun des éyeuves qu’ était airaibe f’sait d’ lai dyïmbarde-airrâte. Yun d’ mes collèdyes s’ airrâté. È poinne dains lai dyïmbarde le djûene éyeuve dié en son maître qu’ è dairait râtaie lai dyïndye, que tchie lu, an n’ ôyait p’ çoli. Mon collèdye s’ airrâté pe y’ dié :

« Tchie nôs, nôs n’ ains p’ de châbion ne d’ drunmaidéres, dâli déchends pe vais è pie… ! ».

J-M. Moine

Trois souvenirs d’école

Je suis certain qu’il vous arrive soudain, peut-être au milieu de la nuit ou lorsque vous vous promenez dans les bois, de penser à quelque chose qui s’est passé il y a si longtemps, que vous croyiez que vous l’aviez oublié. C’est ce que j’ai vécu l’autre jour quand je revenais à la maison, à pied, depuis la ville. En passant près d’une crèche, je vis deux petits enfants qui enfilaient des boules dans des fils de fer. Me voilà revenu plus de septante ans en arrière.

Pour nous apprendre à compter, le vieux régent de mon village tirait les dix tiges du boulier de l’école. Les cent boules roulaient tout partout dans la classe. Nous, les petits, nous devions les chercher et les remettre en ordre sur les tiges du boulier. C’est facile à dire, mais ce que vous ne savez pas, c’est qu’il n’y avait rien qu’une classe au village. Alors quand il fallait aller prendre les boules dans les pieds des plus grands écoliers qui avaient jusqu’à huit ans de plus que nous, il faut voir les coups et les rossées qu’on ramassait…

Un peu en dessus de la crèche, un homme brûlait de la mauvaise herbe dans son jardin. Me voilà reporté à l’Ecole cantonale de Porrentruy, à une leçon de physique.

Le professeur avait allumé un bec Bunsen. Il demanda à une fille, à Rose-Marie, de venir vers lui et lui donna une tige en fer dont elle devait tenir une des extrémités dans sa main, l’autre extrémité restant au dessus de la flamme du bec Bunsen. Le professeur lui demanda :

« Que se passe-t-il ? »

Rose-Marie ne savait pas quoi répondre. Alors, le professeur ouvrit un peu plus le robinet du bec Bunsen et redemanda : 

« Que se passe-t-il ? »

La fille trembla un peu et dit :

« Cela chauffe ! »

Un tour de plus au robinet du bec Bunsen, et notre Rose-Marie cria

« Aïe, cela brûle »

Non, cela ne brûle pas répondit le maître, mais le fer conduit la chaleur… !

Puis, il éteignit le bec Bunsen.

Un autre souvenir me revint quand je croisai un jeune homme de type arabe. C’était à l’époque où j’enseignais au Locle, il y a une vingtaine d’années. Au commencement d’une nouvelle année, un des élèves qui était arabe faisait de l’auto-stop. Un de mes collègues s’arrêta. A peine dans la voiture, le jeune élève dit à son maître qu’il devrait arrêter la musique, que chez eux, on n’écoutait pas cela. Mon collègue s’arrêta et lui dit :

« Chez nous, nous n’avons pas de sable ni de dromadaires, alors descends et va à pied… ! »

J-M. Moine