Publié : 28 avril 2017

Invocation des saints

Prayieres és sïnts

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 28 avril 2017

Prayieres és sïnts

È y des sïnts po tot. Sïnt Antoéne eurtrove les çhiaies èt les breliçhes. Sïnte Aigathe protédge les graindges èt les étâles di fûe di cie. Sïnt Fromont cheurvoye nos motons. Sïnt Djôsèt faît crâtre ces biantches çhoés en l’oûerèe di bôs. Lai sïnte Brebre di pairaidis bèye vidyoure en nôs rétis.

Le Djulat, çoli fait trâs s’nainnes qu’èl é lai reutche.

—  Mélie, po lai reutche, qué sïnt qu’ât l’ moyou ?

—  Aittends, Djulat, qu’i museuche. Éssaye d’aivô sïnt Biyaise, èl ât bon po lai goûerdge. Çoli n’ te côte ran d’épreuvaie.

—  Èt peus sïnt Dizie ?

—  Lu, ç’ât putôt po lai téte. An l’ prayait po les fôs dains l’ temps. Mit’naint, an l’ont botè d’ènne sens. Pus niun ne chuppièye sïnt Dizie.

Le Djulat teuche che foûe qu’è n’ peut pus s“eur”pâre. Èl é tieupe dains son moétchou, è pûere. Lai Mélie yi taipe dains l’ dôs è grôs côps.

—  Mains, Mélie, te m’ fais mâ.

—  Te vois qu’ çoli vai dj’ meu. T’ n’ és pus fâte de prayie les sïnts.

—  T’ n’és ran è boire ?

—  Siete-te. I t’ veus faire ènne étçhéyatte de tijainne d’aivô di miele.

—  Te yi bott’rés ènne boènne goulèe d’âve d“ép”nâle, te sais, de çtée de Coédg’mâtru.

—  Sacré Djulat ! Te n’és p’ che malaite que çoli. È y é d’ lai rigoliche è maîtcheyie dains ci tirou. Ou bïn des botons d’ tiulatte è tcheulaie.

Notes

Des botons d’ tiulatte, littéralement des boutons de culotte. C’étaient des bonbons à base de plantain, ronds et noirs comme des boutons.


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Invocation des saints

Il y a des saints pour tout. Saint Antoine retrouve les clés et les lunettes. Sainte Agathe protège les granges et les écuries du feu du ciel. Saint Fromont veille sur nos moutons. Saint Joseph fait croître ces fleurs blanches (les perce-neige) à l’orée du bois. Sainte Brebre du paradis donne vigueur à nos radis.

Cela fait trois semaines que Julot a le rhume.

—  Mélie, quel est le meilleur saint contre la toux ?

—  Attends, Julot, que je réfléchisse. Essaie avec saint Blaise, il est bon pour la gorge. Ça ne te coûte rien d’essayer.

—  Et saint Dizier ?

—  Lui, c’est plutôt pour la tête. Autrefois, on l’implorait pour les fous. Maintenant, on l’a délaissé. Plus personne n’invoque saint Dizier.

Julot tousse si fort qu’il n’arrive plus à se reprendre. Il crache dans son mouchoir, il pleure. Mélie lui donne de gros coups dans le dos.

—  Mais, Mélie, tu me fais mal.

—  Tu vois, ça va déjà mieux. Tu n’as plus besoin de t’adresser à tes saints.

—  Tu n’as rien à boire ?

—  Assieds-toi ! Je vais de préparer un bol de tisane avec du miel.

—  Tu y ajouteras une bonne portion d’eau de vie de prunelles, tu sais, de celle de Courtemautruy.

—  Sacré Julot ! Tu n’es pas si malade que ça. Dans ce tiroir, il y a des bâtons de réglisse à mâchonner. Ou bien des bonbons à sucer (des boutons de culotte).

Notes

Des botons d’ tiulatte, littéralement des boutons de culotte. C’étaient des bonbons à base de plantain, ronds et noirs comme des boutons.


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