Publié : 18 octobre

Un accident malheureux

Ïn aiccreu mâlhèy’rou

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 18 octobre 2019

Ïn aiccreu mâlhèy’rou

Poi ènne bèlle vâprée d’èrbâ, le Rico étreinne sai novèlle auto. Èl ât hèy’rou, è çhiôte cment ïn coinuson. Ci Rico é aidé condut prudeinn’ment. È n’é djemais aivu le pus p’tèt l’aiccreutche.

È rôle tot bâl’ment. Ïn èrtieulon ât chi vite airrivè. Les beugnes, çoli côte tchie. Les dyairaidgistes ne traivaillant pe po ran. Ci Rico ne dépésse djemais les vitesses. Ch’ les vies, pe pus de quatre-vingts ; dains les v’laidges, pe plus de cïntyante. È n’ fârait p’ se faire pâre. Çoli côt’rait encoé pus tchie, chutôt po lu qu’ât ïn véye condujou. An yi r’tir’rait son permis. Lai police ât chtrèngue èt èlle é bïn réjon d’aivô tos ces brije-cô.

En l’aicmence de Boérgnon, aprés l’ premie contouè, voili ènne véye fanne que traivoiche lai vie djeute devaint sai dyïmbarde. È freinne, è sarre le rètgnâ âchi foûe qu’è peut èt ... Miedge !
Lai fanne ât sâve, mains èl écraise ènne dgerènne que s’ât yaincèe dôs ses rues èt è vai fini sai course chu l’ pont d’ graindge.

Le paiyain fô d’ raidge soûe di chari :
- Te r’bôles o bïn quoi ! Raivoéte ç’ que t’és fait ! Po évitaie mai bèlle-mére, t’és tyuè mai moyouse pondouse.


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Un accident malheureux

Henri étrenne sa nouvelle voiture par un bel après-midi d’automne. Il est heureux et siffle comme un pinson. Il a toujours conduit prudemment et n’a jamais eu le moindre accident.

Il roule très lentement. Un pépin est si vite arrivé. Les accrocs coûtent cher. Les garagistes ne travaillent pas gratuitement. Henri ne dépasse jamais la vitesse autorisée. Sur les routes ordinaires, pas plus de quatre-vingts ; dans les villages, pas plus de cinquante. Il ne faudrait pas se faire pincer. Ça lui coûterait encore plus cher, à lui qui est un vieux conducteur. Ce serait le retrait de permis. Lai police est intraitable, et elle a bien raison, avec tous ces casse-cou.

Au début du village de Bourrignon, après le premier virage, une vieille femme traverse la route juste devant sa voiture. Il freine de toutes ses forces et… Merde !
La femme est sauve, mais Henri écrase une poule qui s’est lancée sous ses roues et il finit sa course sur le pont de grange.

Le paysan sort du hangar, fou de rage :

—  T’es malade ou quoi ! Regarde ce que tu as fait ! Pour éviter ma belle-mère, tu as bousillé ma meilleure pondeuse.

Note
ïn coinuson, un pinson
ces brije-cô, ces casse-cou
le rètgnâ , le frein