Publié : 26 avril

Jeux d’amoureux

Djûes d’aimoérous

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 26 avril 2018

Djûes d’aimoérous

En aimoé, lai routine, ç’ât ïn poûejon. Èlle tyûe l’aimoé. Les coupyes daint aidé trovaie di neû, inventaie, tchaindgie, léchi d’ènne sens portabye èt laivimaidge. Ènne djûene fanne raiconte ses premies djoués d’ mairiaidge :

Mon hanne èt peus moi, an fait totes soûetches de djûes. An rit brament. An s’aimuje c’ment des afaints. È fârait nôs voûere. An djûe â tieudg’nou. Ç’ât lu que fait lai tieujènne. È m’ sèrt â poiye, cment ènne prïncèsse.

An djûe en lai caitchatte. I m’ caitche dôs lai tçhvétçche, des côps dôs l’ yét, meinme dains l’airmoére. « Douçatte, t’és li, qu’è dit. Réponds-me ! » I aî bïn d’ lai poènne è m’eurteni d’écâçhaie.

I fais lai coudri. I yi prends les m’jures. I le m’jure tot poitchot. Èl ainme çoli. Mains voili lai moiyoue. Hyie â soi, i yi dis : « S’ te veus, an djûe â dotttoé. »

—  Tot chu, qu’i veus, qu’è m’ dit tot excitè.
—  Ç’ât moi qu’i seus l’ méd’cïn, qu’i yi dis. Des fannes méd’cïns, è y en é, t’en coégnâs.
—  Oh bïn, s’ te veus, pe d’ problème.

Nôt tchaimbre è coutchi, c’était mon caibinèt. I m’ seus botè tote nude dôs mai biantche blôde. Èl était pé qu’ïn toéré, prât è se tchaimpaie chu moi.
—  Tchétyun son toué, qu’i yi dis. Allèz dains l’ poiye d’aittente. Ç’ât drie çte poûetche. È y é d’ lai yéjure chu ènne taiblatte.

I l’ai fait paitientaie ïn bon quât d’hoûere. Tiaind qu’i l’aî aipp’lè, i yi aî dit :
—  Les conchultâchions, ç’ât fini. Vôs r’verrèz lai snainne que vïnt. Meinme djoué, meinme hoûere.


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Jeux d’amoureux

En amour, la routine est un poison. Elle tue l’amour. Les couples doivent toujours trouver des nouveautés, inventer, changer, laisser de côté portable et télévision. Une jeune femme raconte ses premiers jours de mariage :

Mon homme et moi, on se livre à toutes sortes de jeux. On rit beaucoup. On s’amuse comme des enfants. Il faudrait nous voir. On joue au chef étoilé. C’est lui qui fait la cuisine. Il me sert au salon comme une princesse.

On joue à la cachette. Je me cache sous la couverture, parfois sous le lit, même dans l’armoire. « Chérie, tu es là, dit-il. Réponds-moi ! » J’ai bien de la peine à retenir mes fous rires.

Je fais la couturière. Je lui prends les mesures. Je le mesure tout partout. Il aime ça. Mais voici la meilleure. Hier soi, je lui dis :

—  Si tu veux, on joue au docteur.
—  Chic, qu’il dit tout excité.
—  C’est moi qui suis le médecin, que je lui dis. Des femmes médecins, il y en a, tu en connais.
—  Si tu veux, pas de problème.

Notre chambre à coucher, c’était mon cabinet. Je me suis mise toute nue sous ma blouse blanche. Il était pire qu’un taureau, prêt à se jeter sur moi.

—  Chacun son tour. Vous irez dans la salle d’attente. C’est derrière cette porte. Il y a de la lecture sur une table basse.

Je l’ai fait patienter un bon quart d’heure, et quand je l’ai appelé :

—  Les consultations sont terminées. Revenez la semaine prochaine, même jour, même heure.