Publié : 15 janvier

La bise et le soleil

Lai bije èt le s’raye

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 12 janvier 2018

Lai bije èt le s’raye

Bïn s’vent, lai bije èt le s’raye se dichputant. Tchétiun prétend étre le pus foûe. Nôs sons en djainvie èt peus ç’ât qu’è n’ fait p’ tchâd.

—  Râtèz d’ vôs dichputaie c’ment des nitious, yôs dit le saidge d’ lai foérêt d’ lai Vouâvre. Vôs voites çt’hanne qu’aivaince ch’ lai vie ?

—  Çtu qu’ât tot emmitonnè dains ïn épâs mainté de lainne ?

—  Djeute, porcheut, le saidge d’ lai foérêt. Po saivoi çtu d’ vôs dous qu’ât l’ pus foûe, i vôs peurpose ïn concoué. È fât yi faire è rôtaie son grôs mainté doblè. Çtu qu’y grôte s’ré l’ pus foûe.

—  D’aiccoue, dyennent ensoéne lai bije èt le s’raye.

—  Tiu qu’aicmence ?

—  Moi, dit lai bije.

—  S’ te veus, dit le s’raye.

Aidonc lai bije s’ boté à çhioûçhaie, çhioûeçhaie aidé pus foûe. Les aibres piaiyant. L’hanne tïnt bon. Pus lai bije çhioûeçhe, pus l’hanne sarre son mainté. Èl é mainme raibaittu sai cape chus ses aroilles, caitchi son meuté drie son étchairpe èt forrè ses mains dains ses baigattes. En la fïn, lai bije eur’nonce.

—  En ton toué, qu’èlle é dit â s’raye.

Le s’raye se bote è ryûre de tos ses fûes. Â bout d’ïn môment, le mairtchou rôte son étchairpe, peus èl eur’tire ses mains d’ ses baigattes. Le s’raye étchâde è n’y pus t’ni, è fait ènne tâ tchalou que l’hanne ne tïnt pus l’ côp èt rôte son poijaint mainté.

Lai bije dait bïn r’coégnâtre que le s’raye ât l’ pus foûe des dous.

D’après Esope


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La bise et le soleil

La bise et le soleil se disputent souvent. Chacun prétend être le plus fort. Nous sommes en janvier et il ne fait pas chaud.

—  Cessez de vous chamailler comme des gamins, leur dit le sage de la forêt de la Vouivre. Vous voyez cet homme qui avance sur le chemin ?

—  Celui qui est tout emmitouflé dans un chaud manteau de laine ?

—  Exactement, poursuit le sage de la forêt. Pour connaître qui de vous deux est le plus fort, je vous propose un concours. Il s’agit de l’obliger à enlever son gros manteau doublé. Celui qui y parvient, c’est lui le plus fort.

—  D’accord, dirent ensemble la bise et le soleil.

—  Qui commence ?

—  Moi, dit la bise.

—  Si tu veux, dit le soleil.

Alors la bise se mit à souffler, souffler toujours plus fort. Les arbres plient. L’homme tient bon. Plus la bise souffle, plus l’homme serre son manteau. Il a même rabattu son bonnet sur ses oreilles, dissimulé son visage derrière son écharpe et enfoncé ses mains dans ses poches. A la fin, la bise renonce.

—  À ton tour, dit-elle au soleil.

Le soleil se met à briller de tous ses feux. Au bout d’un moment, le randonneur enlève son écharpe, puis il retire ses mains de ses poches. Le soleil chauffe impitoyablement, il fait une telle chaleur que l’homme ne résiste plus et se défait de son lourd manteau.

Lai bise doit bien reconnaître que le soleil est le plus fort des deux.

D’après Ésope


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