Publié : 18 septembre 2015

Son dernier désir

Sai driere envietaince

Bernard Chapuis

Paru dans LQJ du 18 septembre 2015

Sai driere envietaince

L’Anselme des Crâts ât tot â bout di rôla. È râle que çoli vôs r’mue djunqu’és tripes. È n’ djâse quasi pus, ïn mot de temps en temps qu’an n’ comprend pe. Sés l’oeûyes raivoétant l’ plafond. Hyie, le tiurie yi é bèyie les dries saicrements. Mit’naint, l’Anselme ât en oûedre po péssaie d’ l’âtre sens. Son téchtament ât dains l’ tirou d’ lai tâle de neût, d’aivô son rét’lie èt peus sai boéche.

Ènne dyïmbarde se râte d’vaint lai mâjon. Ç’ât l’méd’cïn. « Léchietes-me tot d’ pai moi d’aivô lu », qu’è dit en lai fanne. Dains lai tchaimbre di rancoiyou, è n’ fait p’ grant. Çoli n’ vât pus lai poéne.

—  V’nis â d’vaint l’heus, qu’è dit en lai fanne, qu’è ne nôs oyeuche pe.

Le méd’cïn n’y vait pe poi quaitre vies :

—  Vôs voites laivou qu’èl en ât. È peut paitchi d’ïn môment en l’âtre. Râtèz d’aivô les r’médes. Le régime aich’bïn, bèyietes-yi tot ço qu’è d’mainde. Sietes coéradgeouse, mai boénne Fidélia.

Lai Fidélia eurvïnt voi son hanne.

—  Qu’ât-ce qu’èl é dit, l’ méd’cïn ? d’mainde l’Anselme dains ïn çhoûeche épâs.

—  Èl é dit qu’ te vais brament meus. Te peus maindgie tot ç’ que t’ fait piaîji.

Le véye raivoéte ci bé grôs tchaimbon que pendoéye à tyué d’ lai tieujènne.

—  I voérrôs bïn d’ çoli.

—  Nian, nian, pe ci tchaimbon. I l’voidge po l’entèrr’ment.


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Son dernier désir

Anselme des Crêts est à l’agonie. Il râle à vous remuer jusqu’aux entrailles. Il ne parle pratiquement plus, de temps en temps un mot mais incompréhensible. Ses yeux regardent le plafond. Hier, le curé lui a donné les derniers sacrements. Maintenant, Anselme est en ordre pour passer de l’autre côté. Son testament se trouve dans le tiroir de la table de nuit, avec son dentier, sa bourse.

Une voiture s’arrête devant la maison. C’est le médecin. « Laissez-moi seul avec lui », dit-il à l’épouse. Il ne s’attarde pas dans la chambre de l’agonisant. Cela n’en vaut plus la peine.

—  Venez dehors, dit-il à la femme, qu’il ne nous entende pas.

Le médecin n’y va pas par quatre chemins :

—  Vous voyez où il en est. Il peut partir d’un moment à l’autre. Cessez les remèdes.
Le régime également, donnez-lui tout ce qu’il demande. Soyez courageuse, ma bonne Fidélia.

Fidélia retourne vers son mari.

—  Qu’et-ce qu’il a dit, le médecin ? demande Anselme dans un souffle épais.

—  Il a dit que tu vas beaucoup mieux. Tu peux manger tout ce qui te fait plaisir.

Le vieux guigne ce beau gros jambon qui pend dans la cheminée de la cuisine.

—  Je voudrais bien de ça.

—  Non, non, pas ce jambon. Je le garde pour l’enterrement.


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