Publié : 19 février

Je suis pris !

I seus pris !

Bernard Chapuis, Jules Surdez

Publié dans le Quotidien Jurassien le 19 février 2021

I seus pris !

Une "fôle" du Clos-du-Doubs recueillie par Jules Surdez (1878-1964).

È y aivaît ènne fois ïn djuene bouebe qu’allait en lôvre vés ènne djuene baîchatte. È lai demandé en mairiaidge en poirents. « Poquoi pe ? qu’ès yi réponjennent, se note baîchatte ât d’aiccoue. »

Lai féye était dgeinnèe et ne saivait p’ qué mïnne teni. ÈlIe allé tieuri ïn sayat d’âve â bené et le botté dôs lai couene. Di temps qu’è se rempiâchait, lai baîchatte s’ musait que, s’ès se mairyïnt, le bon Due qu’ât che bon, yôs poérrait bïn envie ïn afaint. « Laîs Due ! » qu’elle se dyait, qué nom yi bèyie, di môment qu’ès sont dj’ tus pris ? » Çoli yi poétché dgèt èt peus elle demoéré piaintèe li, â long di nô, è raidgie çôli.

Lai mére feut en tieûsin de ne lai pe vouere rev’ni et l’allé retrovaie â bené.
- Que fais-te feûs che longtemps, tot de pai toi ? qu’elle yi dyé. Ci bouebe aic’mence de trovaie le temps grant, et peus è d’mainde aiprés toi.
- Lai Due, mai mére ! I aî musè que, se nôs se mairians, et que le bon Due qu’ât che bon, nôs envieuche ïn afaint, nôs ne v’lans pe saivoi qué nom yi bèyie, di môment qu’ès sont dj’ tus pris.
- Ailaîrme Due ! ç’ât vrai, baîchatte.
Çôli l’épaivouré, et peus elle demoéré piaintèe li, â long de sai baîchatte, è se creûyie la téte.

Suit une série de rebondissements cocasses. Finalement, l’enfant que Dieu leur enverra, on l’appellera « I seus pris. »

Notes
fôle, histoire, conte fantastique
lai couene, la corne ; ici : le goulot (de la fontaine)
Çoli yi poétché dgèt, cela l’effraya
â long di nô, à côté de l’auge
è raidgie çôli, à réfléchir à ça


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

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Je suis pris !

Une "fôle" du Clos-du-Doubs recueillie par Jules Surdez (1878-1964).

Il y avait une fois un jeune garçon qui fréquentait une jeune fille. Il la demanda en mariage à ses parents. « Pourquoi pas ? lui répondirent-ils, si notre fille est d’accord. »

La fille était gênée et ne savait quelle mine tenir.
Elle alla chercher un seau d’eau à la fontaine et le plaça sous le goulot. Pendant qu’il se remplissait, la jeune fille pensait que, s’ils se mariaient, le bon Dieu qui est si bon, pourrait bien leur envoyer un enfant. « Hélas ! » se disait-elle, quel nom lui donner, du moment qu’ils sont déjà tous pris ? » Cela l’effraya et elle resta plantée là, à côté de l’auge, à réfléchir à ça.

La mère fut en souci de ne pas la voir revenir et alla la retrouver à la fontaine.
- Que fais-tu dehors si longtemps toute seule ? lui dit-elle. Ce garçon commence de trouver le temps long et demande après toi.
- Hélas, ma Mère ! J’ai pensé que, si nous nous marions, et que le bon Due qui est si bon, nous envoie un enfant, nous ne saurons pas quel nom lui donner, du moment qu’ils sont déjà tous pris.
- Hélas, c’est vrai, ma fille !
Cela l’effraya et elle resta plantée là, à côté de sa fille, à se creuser la tête.

Suit une série de rebondissements cocasses. Finalement, l’enfant que Dieu leur enverra, on l’appellera « Je suis pris. »