Publié : 21 juillet

Le fruit de la vigne

Le frut d’lai veingne

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 21 juillet 2017

Le frut d’lai veingne

An peut âchi faire di vïn ran qu’ d’aivô des réjïns. Ç’ât ço que dyait ci braive veingnou en son mâlhannète concureint que fotait d’ l’âve èt totes soûetche de trueries dains son son produt po l’ vendre moyou mairtchie.

L’Auguste aimait bïn boire ïn voirre de bon vïn sains étre ïn pieinteusse po aitaint. Lai pityatte è dous francs dix sos, sains bocat èt sains foûeche, ç’ n’était po lu.

Èl é aitch’tè ènne dépouye en lai bordgeaisie. Çoli yi bèy’ré di bôs po lai tchem’nèe. È yi vai quasi tos les sois aiprés ses hoûeres de travail po faire des féchins èt botaie en tas. Le voili que rentre d’ lai foérèt. Ç’ât les chés, él é soi. Dains lai tieujènne, sai fanne prépaire des valmonts d’ glougloufs po lai mairtche des loitchous. D’âtres fannes di v’laidge faint des toétchés en lai fraiyure, d’âtres encoé des pies d’ tchievres, ces begnats qu’ nos véjïns d’ l’âtre sens d’ lai frontiere aipp’lant des tieuches de daime. Ç’ n’ât p’ bé, çoli, des tieuches de daime ? An en maindgerait. Mains r’venians putôt en nos glougloufs.

Ch’lai tâle, è y é tot ç’ qu’è fât, lai fairènne, les ûes, les réjïns sats. Le foué ât tchâd. Lai fanne n’é p’ de temps è piedre. È fât ambruaie.

- Mairie, voiche-me ïn voirre de vïn !

- T’ n’en és p’ fâte.

- Yè, te crais qu’ le Bon Dûe é faît les réjïns ran qu’ po les botaie dains les glougoufs ?


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Le fruit de la vigne

« On peut aussi faire du vin rien qu’avec des raisins. » C’est ce que disait ce brave brave vigneron à son concurrent malhonnête qui ajoutait de l’eau et toutes sortes d’additifs douteux dans sa production afin de l’écouler meilleur marché. Sans être un ivrogne, Auguste appréciait un bon verre de vin. La piquette à deux cinquante, sans bouquet et sans relief, ça n’était pas pour lui.

Il a acheté une “dépouille” à la bourgeoisie. Cela lui fournira du bois de cheminée. Il y va presque chaque soir après ses heures de travail pour faire des fagots et enstérer. Le voilà qui rentre de la forêt. Il est six heures du soir. Dans la cuisine, sa femme prépare un nombre impressionnant de kouglofs pour la marche gourmande. D’autres femmes du village font des gâteaux à la crème, d’autres encore des pieds de chèvres, ces beignets que nos amis de Franc voisine appellent des cuisses de dame. N’est-ce pas joli, cela, des cuisses de dame ? On en mangerait. Mais revenons plutôt à nos kouglofs.

Sur la table sont disposés tous les ingrédients, la farine, les œufs, les raisins secs. Le four est chaud. La femme n’a pas de temps à perdre. Il faut activer.

—  Marie, verse-moi un verre de vin !

—  Tu n’en as pas besoin.

—  Hé, tu crois que le Bon Dieu a créé les raisins uniquement pour les mettre dans les kouglofs ?


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