Publié : 10 mai

Sauvé de la déchetterie

Sâvè di ch’ni

Publié dans le Quotidien Jurassien le 10 mai 2019

Sâvè di ch’ni

Ïn djouè dains l’ mois, cés d’ lai tyemeune péssant d’aivô ïn camion po raiméssaie le ch’ni qu’ les dgens aint botè chu l’ trottoir. È y é de tot : Ènne sciatte, ènne haitchattte, ïn matelas, des laivons è n’en pus fini, dous airmoéres, ïn lampadaire, des tyaisses, ïn véyo, des skis, ènne sèlle, ïn rétchâd, ènne maichine de coudri, ïn satche-pois. Cés qu’ n’aint p’ pavou de chneuquaie dains le ch’ni poéyant trovaie des tchoses que vayant encoé lai poéne. Ç’ qu’ât en bon état ne d’moére pe longtemps ch’ le trottoir. Les aimaiteurs s’ dépâdgeant po étre les premies. Zidore, ç’ât yun d’ cés-li.

Dains sai tyaive, èl é airrandgie ïn bolat po y entaissaie ses trésoûeres. È y en é djuqu’â piafond. È s’ât montè ïn p’tèt aitelie laivou qu’è répaire ç’ qu’èl é sâvè di ch’ni. È r’chique, è démonte, è remonte, è visse, è dévisse. È voidge. Çoli peut aidé sèrvi.

Aglaé ât graingne. Sai machine è café ne mairtche pus. « I n’ veus predgie mon temps d’aivô çte breuy’rie. Demain, ç’ât l’ grôs ch’ni. » Èt rouf ! Çte machine se r’trove chu l’ trottoir. « Le Zidore n’ veut meinme p’ eurmairtçhaie qu’èlle n’ât pus li. È prend aidé di Nescafé. » C’était rébyaie qu’ son Zidore fait les ch’nis.

Èl é raippoétchè çte machine è café dains son aitelie. « Èlle n’é quasi ran. Ç’ât ïn djûe d’afaint d’ lai faire è r’mairtchi. »

L’Aglaé feut tot ébâbie d’ lai r’trovaie en sai piaice.


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

info document -  MP3 - 4.7 Mo

Sauvé de la déchetterie

Un jour par mois, les employés de la voirie passent en camion pour débarrasser les objets encombrants que les gens ont déposé sur le trottoir. Il y a de tout : Une scie, une hachette, un matelas, des planches à n’en plus finir, deux armoires, un lampadaire, des casseroles, un vélo, des skis, une chaise, un réchaud, une machine à coudre, un sèche-cheveux. Ceux qui ne craignent pas de farfouiller dans ce bazar peuvent y trouver des objets intéressants. Ce qui est encore en bon état ne reste pas longtemps sur le trottoir. Les intéressés se hâtent pour être les premiers. Zidore en fait partie.

Dans sa cave, il s’est aménagé un réduit pour y entasser ses trésors. Il y en a jusqu’au plafond. Il s’est constitué un petit atelier où il répare ce qu’il a sauvé de la déchetterie. Il répare, démonte, remonte, visse, dévisse. Il conserve. Cela peut toujours servir.

Aglaé est furieuse. Sa machine à café ne marche plus. « Je ne vais pas perdre mon temps avec cette bricole. Demain, c’est le grand débarras. » Et aussitôt, cette machine se retrouve sur le trottoir. « Zidore ne remarquera même pas qu’elle n’est plus là. Il ne boit que du Nescafé. » C’était sans compter l’intérêt de son mari pour les décharges.

Il a rapporté la machine à café dans son atelier. « Elle n’a pratiquement rien. Ce sera un jeu d’enfant de la faire refonctionner »

Aglaé fut toute surprise de la retrouver à sa place habituelle.