Publié : 16 mai 2016

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Tchaindg’ment â m’nu

Paru dans le Quotidien Jurassien du 13 mai 2016

Tchaindg’ment â m’nu


L’Henri d’lai Côte és Tchevris, c’était ïn solide. Dejemais malaite, piepe ènne reûche. Èl était dieche annèes pus véye que sai fanne Martine. Èl ât moûe d’ïn côp, rouf ! Mains lai Martine ne s’ât p’ faît âtrement di tieusain. I étôs li tiaind qu’elle racontait lai moûe d’son hanne en lai véjine.

- Dis voûere, Martine. Cment qu’èl ât moûe, ton hanne ? An m’ont dit qu’èl é t’aivi ènne aittaque.

- C’était dûemoène péssè. Nôs aittendïns des envellies. Aiprés lai mâsse, i m’seus eurtchaindgie èt peus i m’seus tot comptant botèe â traivaiye. È faiyait qu’ tot feuche prât tiaind qu’ ces dgens airriv’rïnt. I aî des raittattes dains mon tchtetchi. I dis en mon hanne que fifrait ïn p’tèt voirre d’vaint lai laivimaidge : Vais voûere me creujie quéques raittattes. È paît, i porcheus mon r’cegnon. È f’sait grant. I étôs quasi prâte, è n’me d’moérait pus qu’è botaie lai tâle. È n’était ponque de r’toè. I m’dis : I m’en v’allaie voûere ç’ qu’ è traînne dains ci tcheutchi. Çoli faît ènne hoûere qu’èl ât paitchi. È n’ fât p’ ataint d’ temps po creujie dous trâs raittates. I ritte â tchtchi, èt peus qu’ât-ce qu’i vois ? Mon hanne coutchi tot d’son long dains l’carre de pommattes. I l’aippele, i l’eurvire. Èl était moûe.

- Èt peus, qu’ât-ce que t’és faît ?

- È soénnait l’ailumaria. I n’aivôs pus l’temps d’aipprétaie ces raittattes. I aî fait di riz.

Note

des rattes, en patois des raittattes, variété de pomme de terre.


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

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Henri de la Côte aux Chevreaux était un solide gaillard. Jamais malade, même pas un rhume. Il était dix ans plus âgé que son épouse Martine. Il est mort subitement, crac ! Toutefois, Martine ne s’est pas tracassée particulièrement. J’étais là quand elle racontait la mort de son mari à sa voisine,

—  Dis donc, Martine. Comment est-il mort, ton homme ? On m’a dit qu’il a eu une attaque.

—  C’était dimanche passé. Nous attendions des invités. Après la messe, je me suis changée et me suis mise tout de suite au travail. Il fallait que tout soit prêt à l’arrivée de ces gens. J’ai des rattes dans mon jardin. Je dis à mon mari qui sirotait un verre devant la télévision : Va donc me “creuser” quelques rattes. Il part, je continue mon repas. Il faisait long. J’avais presque terminé, il ne me restait plus qu’à mettre la table. Il n’était toujours pas revenu. Je me dis : Je m’en vais voir ce qu’il fiche dans ce jardin. Cela fait une heure qu’il est parti. Il ne faut pas autant de temps pour arracher quelques pommes de terre. Je cours au jardin, et qu’est-ce que je vois ? Mon homme couché tout de son long dans le sillon. Je l’appelle, je le retourne. Il était mort.

—  Et alors, qu’est-ce que tu as fait ?

—  Il sonnait l’angélus. Je n’avais plus le temps d’apprêter ces rattes. J’ai fait du riz.

Note

des rattes, en patois des raitattes, variété de pomme de terre.

La chronique patoise du QJ en direct :

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