Publié : 24 janvier

Un service

Ïn sèrvice

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 24 janvier 2020

Ïn sèrvice

Ïn incoégnu fïn pyein soénne tchie l’ Alcide en pyeinne neût. L’Alcide s’yeuve, euvre les lâdes èt d’mainde :
- Qu’ât-ce te m’ veus ?
L’hanne, que l’Alcide ne peut p’ voûere dains la neût, yi répond :
- Vïns m’ boussaie ! È fât que te v’nieuches me bousssaie.
L’Alcide, fô d’ raidge :
- In n’ te coégnâs pe. Èl ât les trâs di maitïn. Dains dous houres, i m’yeuve po allaie â traivaiye. Fos l’ camp èt peus léche-me dremi.

È r’touène â yét. Sai fanne qu’é tot oûyi yi fait lai morale : « Tot d’ meinme, Alcide, te pésses les boûenes. Çoli n’ t’é dj’mais airrivè de tchoére en panne lai neût ? T’airôs poéyu te y’vaie èt allaie l’ boussaie. »
- Mains è nadge â d’vaint l’heus. Èt peus, èl é ènne boènne tyeute. I n’ me veus p’ dérandgie po ïn pyeinteusse.
- Réjon d’ pus po yi v’ni â s’couè. È n’ sairait s’en tirie tot d’ pai lu. Ïn pô d’ tiûere, Alcide. T’és coégnu po rendre sèrvice. S’è yi airrivaie âtçhe, t’ l’airôs ch’ lai conscience.

Ïn pô eur’muè, l’Alcide se yeuve, se vét èt déchend de croûye aigrun. Ch’ l’égraiyon d’ lai poûetche èt breûye :

- Hé, l’ pyeinteusse ! I m’ seus r’yeuvè échqueprès po toi. Laivou ç’ que t’és ?
- Li, ch’ lai bailainchoure !


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Un service

Un inconnu complètement saoul sonne chez Alcide en pleine nuit. Alcide se lève, ouvre les volets et demande :
- Qu’est-ce que tu me veux ?
L’homme, qu’Alcide ne peut pas voir dans la nuit, lui répond :
- Viens me pousser ! Il faut que tu viennes me pousser.
Alcide, en colère :
- Je ne te connais pas. Il est trois heures du matin. Dans deux heures, je me lève pour aller au travail. Dégage et laisse-moi dormir !

Il retourne se coucher.Sa femme qui a tout entendu lui fait la morale : « Tout de même, Alcide, tu exagères. Ça ne t’est jamais arrivé de tomber en panne la nuit ? Tu aurais pu te lever et aller le pousser »
- Il neige dehors. Et puis, il a une bonne cuite. Je ne veux pas me déranger pour un ivrogne.
- Raison de plus pour lui porter secours. Il ne peut pas s’en tirer seul. Un peu de cœur, Alcide.Tu es connu pour être serviable. S’il lui arrivait quelque chose, tu l’aurais sur la conscience.

Un peu ébranlé, Alcide se lève, s’habille et descend de mauvais gré. Sur le pas de la porte, il crie :
- Hé, le poivrot ! Je me suis levé exprès pour toi.Tu es où ?
- Là, sur la balançoire.