Publié : 29 octobre 2021

Le secret pour les entorses

Le ch’crèt po les entoéches

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 29 octobre 2021

Le ch’crèt po les entoéches

Lai bairoitche allait fétaie son sïnt paitron. Lai snainne aivaint, ïn vityaire était v’ni d’ lai Fraince po prâdgie ènne retraite èt conféssaie les baroitchous qu’ès feuchaint fïn nats po lai féte. Çt’hanne avait fait des étyudes de dottoé d’vaint que de se faire tyurie. C’était ïn saivaint coégnu, ïn grant échprit, qu’aivait pubyè brâment d’yivres. È n’ suppoétchait pe lai chuprèchtichion.

L’Auguchte ât aivu lu âchi s’aidg’nonnyaie dains lai boéte és mentes.
- Ç’ât vrai qu’ vôs faites le ch’crèt, yi d’mainde le conféssou ?
- Ô, répond l’Auguchte tot fie. I faîs le ch’crèt po les les entoéches, les breûlures, les pîetes de saing.
- Ç’ât d’ lai diailerie, tot çoli, d’ lai dg’nâtch’rie. I n’ vôs bèye pe l’absoluchion.

En roingne èt lai téte béche, mon Auguchte ât rentrè en l’hôtâ.
- Te vïndrés en lai prayiere ci soi, yi dit sai fanne. È y airé ïn tot bé pradge.
- Te peus y allaie s’ te veus. Moi, i n’y vais pe.

Le soi, l’Auguchte, sietè â d’vaint l’heus, raivoétait l’ cie èt lai pieinne yeune tiaind qu’an l’aippele :
- Hé ! l’Auguchte, ritte â môtie ! Le pradgeou ât tchoé d’ lai tchaïre. È n’ peut p’ se ryevaie. È dait s’étre fait ènne entoéche.

Notes
les entoéches, les entorses
lai tchaïre, la chaire, d’où le prédicateur s’adressait aux fidèles


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

Le secret pour les entorses

La paroisse allait fêter son saint patron. La semaine précédente, un vicaire était venu de Fance pour prêcher une retraite et confesser les paroissiens afin qu’ils fussent sans tache pour la fête. L’homme avait fait des études de médecine avant d’être ordonné. C’était un savant réputé, un grand esprit, et qui avait publié de nombreux ouvrages. Il ne supportait pas la superstition.

Auguste alla lui aussi s’agenouiller dans le confessionnal.
- C’est vrai que vous faites le secret ? lui demande le confesseur.
- Oui, répond Auguste tout fier. Je fais le secret pour les entorses, les brûlures, les pertes de sang.
- Ce sont des pratiques diaboliques, tout ça, de la sorcellerie. Je ne vous donne pas l’absolution.

Auguste rentre chez lui tête basse et furieux.
- Tu viendras à la prière ce soir, lui dit sa femme. Il y aura un très beau sermon.
- Tu peux y aller si tu veux. Moi, je n’y vais pas.

Le soir, assis devant sa porte, Auguste regardait le ciel de pleine lune quand quelqu’un l’appelle :
- Hé ! Auguste, cours à l’église ! Le pédicateur est tombé de la chaire. Il ne peut plus se relever. Il a dû se faire une entorse.