Publié : 29 mai 2015

Inondation

Âvéjon

Bernard Chapuis

Paru dans LQJ du 29 mai 2015

Âvéjon

Ïn var’tâbye déyeûdge s’aibait ch’lai contrèe. Lai r’viere débodje. Le pont ât aivu empoétchè. L’âve entre dains les mâjons. Les soudaits di fue évacuant lai population.

Le véye Djousi, nonante ans, ne veut p’ tyitie l’hôtâ. Èl ât dains sai tieujènne, dains l’âve djuqu’és dg’nonyes. « I aî aidé vétyu ci, i yi d’moére. »

- Mains vôs n’ voites pe l’ daindgie ?

- I crais en Dûe. È m’ veut savaie.

Dous côps qu’ les pompies sont vnis en baîrtçhe. Ran è faire. « Léchietes-me ! I crais en Dûe. È m’ veut savaie. »

Lai mâjon di Djousi ât bïntôt tote nayèe. An n’ voit pus qu’ le toit. Le dôs contre le tchûé, le véye hanne praye. È l’ fât savaie de grè o d’ foûeche. Le tchèf des ch’coués envie ïn hélicoptére. An yi yaince ènne coûedge. Mains è n’veut ran oyi, ci véye boquèt.

Èt peus, tot poi ïn bé côp, pus d’ Djousi. Cment qu’è feut aidé ïn bon chréchtien, è vait tot drèt â pairaidis. Èt peus li, è fait chcandale. « Mon Dûe, qu’è dit, i Vôs aî aidé sèrvi. Èt peus Vôs, Vôs m’èz aibaind’nè. » Dûe chôrit dains sai bairbe.

- Mon poûere Djousi. I t’aî envie poi dous côps les pompies, d’aivô yote baîrtçh èt yote étchiele. I t’aî meinme envie l’hélicoptére. Te n’és p’velu paitchi. Dûe réchpècte lai yibretè de l’hanne.


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

info document -  MP3 - 1.7 Mo

Inondation

Un vrai déluge s’abat sur la région. La rivière déborde. Le pont a été emporté. L’eau entre dans les maisons. Les pompiers évacuent la population.

Le vieux Josy, nonante ans, ne veut pas quitter sa demeure. Il est dans sa cuisine, dans l’eau jusqu’aux genoux. « J’ai toujours vécu ici, j’y reste. »

—  Vous ne voyez pas le danger ?

—  Je crois en Dieu. Il me sauvera.

Par deux fois, les pompiers sont venus en barque. Rien à faire. « Laissez-moi ! Je crois en Dieu. Il me sauvera. »

La maison de Josy, est bientôt submergée. On ne voit plus que le toit. Le dos appuyé contre la cheminée, le vieil homme prie. Il faut le sauver de gré ou de force. Le chef des secours envoie un hélicoptère. On lui lance une corde. Mais il ne veut rien entendre, ce vieil entêté.

Et tout à coup, plus de Josy ! Comme il fut toujours un bon chrétien, il va directement au paradis. Et là, il fait scandale. « Mon Dûe, dit-il, je Vous ai toujours servi. Et Vous, Vous m’avez abandonné. »
Dieu sourit dans sa barbe.

—  Mon pauvre Josy, je t’ai envoyé par deux fois les pompiers, avec leur barque et leur échelle. Je t’ai même envoyé l’hélicoptère. Tu n’as pas voulu partir. Dieu respecte la liberté de l’homme.


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