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Publié : 26 juin

Parler deux langues : quelle chance !

Djasaie doux langaidges : quée tchaince !

Babouératte

Djasaie doux langaidges : quée tchaince !

« Aittends pé, tchèrvôte de nitchou ! Te vais te faire è drassie tchaind t’âdrés chu les Allemoûess maindgie de lai vaitche enroidgie ! »
El ât lèvi le temps voùé nos ôyïns çte menaice aidrassie és djûenes boûebes, baîchattes en yôte sôetchie d’écôle.
Les rottes étïnt pyeines d’afaints pe les pyaices d’aipprentissaidge raîres.
Taint qu’è faire, djâbyaie ène an-nèe po allbeutchaie pe vôere cment lai vétchaince se pésse âtre paît, n’était pon di temps peurdju.
È ne fât’p rébiaie : les djûenes Suisses allbeutches, en yôte tirie feûs de l’écôle, prenyïnt le tchemïn de lai Suisse welsche po aippare le frainçais.
Le Djura, ai doux péssèes d’ïn cainton allbeutche, aivait de bons vésnaidges po ces étchaindges. Ç’te côtume é pyaquè en déze-nûe cent quairante-quaître.
Ïn djoué, mon pére, pochtie és Roudges-Térres, rcié ïn cop de flé d’ène daime Müller de Röschenz, en lai tchri d’ène pyaice po son boûebe.
- Ç’ât mon vésïn que m’é baiyie vote aidrasse, Môssieu Wermeille. Mon boûebe Hans dait saivoi le welsch po étre méssaidgie. Èl é dje peurdju ène an-nèe. S’è vos pyaît, prentes-le.
- Vos me prentes de coué Daime. Ç’ât pus sïmpye de fixie ïn rencard po en djasaie.
Doux djoués aiprés, Daime Müller aivo son boûebe s’aimouénïnt tchi nôs. Lai mére ne djasait pépe ïn mot de frainçais.
Mon pére, aiprés tros an-nèes d’aipprentissaidge de bouétchie è Einsiedeln, djâsait aisiement l’allbeutche.
Daime Müller, le tchûr gros, raiconté sai vétchaince.
- Devni vave aivo cïntche boûebes n’ât pon aîsie. Hans, le pus aîdgie, ât aivu pyaici l’an-nèe péssèe tchie ïn gros paiyisain en Aîdjoûe, po aippare le welsch.
Lì, elle se bote è pûeraie.
- Oh ! Èl feut bïn tréti, bïn neurri, aidjout’élle, mains ès ne djâsïnt que le patois.
Mon boûebe ne sait pon le frainçais ! Ce n’ât pon aivô le patois qu’è peut entraie en lai pochte.
Aiprés aiccoué, Hans pésseré ène an-nèe tchie nôs po aippare le welsch.
Tchaind y revirôs en l’hôtâ, y aivôs ïn malïn pyaisi de djâsaie patois aivô Hans. Çoli n’é pon durie. Son an-nèe péssèe tchie les Welschs aivait gômmaie le patois d’Aîdjoûe.
Hans feut ïn bon messaidgie aivô son frainçais aippris è Roudges-Térres.

Lai Babouératte

Parler deux langues : quelle chance !

« Attends seulement, sot gamin ! Tu vas te faire dresser quand tu iras chez les Allemands manger de la vache enragée ! »
Il est loin le temps où nous entendions cette menace adressée aux jeunes garçons, filles en leur sortie d’école.
Les familles étaient pleines d’enfants et les places d’apprentissage rares.
Tant qu’à faire, essayer une année pour causer allemand et voir comment la vie se passe autre part, n’était pas du temps perdu.
Il ne faut pas oublier : les jeunes Suisses allemands, à leur sortie d’école, prenaient le chemin de la Suisse romande pour apprendre le français.
Le Jura, à deux pas d’un canton alémanique, avait de bons voisinages pour ces échanges. Cette coutume a cessé en dix-neuf cent quarante-quatre.
Un jour, mon papa, postier aux Rouges-Terres, reçut un téléphone d’une dame Müller de Röschenz, à la recherche d’une place pour son garçon.
- C’est mon voisin qui m’a donné votre adresse, Monsieur Wermeille. Mon garçon Jean doit savoir le français pour être facteur. Il a déjà perdu une année. S’il vous plaît, prenez-le.
- Vous me prenez de court Madame. C’est plus simple de fixer un rendez-vous pour en parler.
Deux jours après, Dame Müller avec son garçon s’amenèrent chez nous. La mère ne causait pas un mot de français.
Mon père, après trois années d’apprentissage de boucher à Einsiedeln, parlait aisément l’allemand.
Dame Müller, le cœur gros, raconta sa vie.
- Devenir veuve avec cinq garçons n’est pas aisé. Jean, le plus âgé, a été placé l’année passée chez un gros paysan en Ajoie pour apprendre le français.
Là, elle se met à pleurer.
- Oh ! Il fut bien traité, bien nourri, ajouta-t-elle, mais ils ne parlaient que le patois. Mon garçon ne sait pas le français ! Ce n’est pas avec le patois qu’il peut entrer à la poste.
Après accord, Jean passera une année chez nous pour apprendre le français.
Lorsque je retournais à la maison, j’avais un malin plaisir de parler patois avec Jean.
Cela n’a pas duré. Son année passée chez les Suisses français avait gommé le patois d’Ajoie.
Jean fut un bon facteur avec son français appris aux Rouges-Terres.

La Coccinelle