Publié : 5 juin 2015

Le prix d’une vie

Lai valou d’ènne vétçhaince

Bernard Chapuis

Paru dans LQJ du 5 juin 2015

Lai valou d’ènne vétçhaince

Ç’ât ènne tchâde vaprée de djuïn. Les dgens s’baingant voi l’pont d’Raivine. Tot en pâtchant, Lucas churvoye ses afaints. « Dmoérèz ch’lai rivatte. Le Doubs ât daindgerou ! » Tot d’ïn côp, ïn hanne, â moitan d’lai r’viere, breûye : « À chcoué ! I m’ naye ! »

Lucas se yaince en l’âve po l’savaie èt peus l’raimoène.

Le poûere hanne ât bieu. È claique des dents, è grule. Lai fanne di Lucas le frotte d’aivô ènne tchevétçhe. Èlle yi voiche ïn p’tèt tçhissat d’ daimé.

- Ç’ât d’lai tote boène. Èlle vïnt de Fredgiecoèt. Ç’ât mon bâpére qu’lai botèe en véché.

- I n’bois pe d’alcool. I seus d’lai Bieuve Croux.

- Vôs m’djâserèz de çoli ïn âtre côp. Mit’naint, è vôs fât s’rétchâdaie.

Èlle yi fore de foueche le voirre dains l’gairguesson. L’hanne tosse, eurtieupe. Ç’ât mâ faît po çte daimé.

Sés hâyons sont dains ïn boûechat.

- Vai les tch’ri, qu’è poéyeuche se véti, dit Lucas en yun d’ ses afaints.

L’hanne enfile sai tiulatte, chneuque dains sai baigatte, trove sai boéche et sort ènne piece de cent sous. È y é brament d’dgens qu’aichichtant en lai scéne.

- Ç’ât tot ç’qu’è peut bèyie ? È mérit’rait qu’an le r’foteuche en l’âve.

- Léchietes-le, que dit Lucas, è sait meus qu’vôs ç’qu’è vât.


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

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Le prix d’une vie

C’est une chaude après-midi de juin. Les gens se baignent près du pont de Ravine. Tout en pêchant, Lucas surveille ses enfants. « Restez sur le bord ! Le Doubs est dangereux ! » Soudain, un homme, au milieu de la rivière, crie : « Au secours ! je me noie ! »

Lucas se lance à l’eau pour le sauver et le ramène.

Le pauvre homme est bleu. Il claque des dents, il tremble. La femme de Lucas le frotte d’avec une couverture. Elle lui verse un petit verre de damassine.

—  C’est de l’excellente. Elle vient de Fregiécourt. C’est mon beau-père qui la met en tonneau.

—  Je ne bois pas d’alcool. Je suis de la Croix Bleue.

—  Vous m’en parlerez une autre fois. Maintenant, vous devez vous réchauffer.
Elle lui fourre le verre de force dans la bouche. L’homme tousse, recrache. C’est dommage pour la damassine.

Ses habits sont dans un buisson.

—  Va les chercher, qu’il puisse se rhabiller, dit Lucas à un de ses enfants.

L’homme enfile son pantalon, cherche dans sa poche, trouve sa bourse et sort une pièce de cinq francs. De nombreuses personnes assistent à la scène.

—  C’est tout ce qu’il peut donner ? Il mériterait qu’on le rejette à l’eau.

—  Laissez-le, dit Lucas, il sait mieux que vous ce qu’il vaut.


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