Par : Fleury LJ
Publié : 28 février 2014

Le gros lot

Le grôs lot

Bernard Chapuis

Paru dans LQJ du 28 février 2014

Ci Lucien é ïn problème. Èl ât che seinchibye qu’èl en ât malaite. È n’ fât dyère po l’ reub’naie. Le pé, ç’ât tiaind qu’ le paitron l’aippele â cab’nèt. Pairailijè poi lai heurse, è d’vïnt tot roudge, èl é le tiure que bait èt peus les mains qu’eurtrémôlant.

" Moi âchi i seus timide, yi dit ïn caim’rade, mains i m’ chaingne. Te peus djûere di théâtre tchéz les paitoisaints, djâsaie d’vaint ton mirou, graiy’naie tes seuv’niainces."

En r’veniaint d’ lai mâsse, Lucien s’ât aitchtè ïn biat d’ loterie, è l’é fotu dains sai baigatte èt peus è n’yi é pus musè. Sai fanne l’é trovè. C’était l’ bon num’ro. Lucien aivait diaingnie l’ grôs lot. C’ment faire po yi ainnonçaie ? Le méd’cïn s’en tchairdgé. Èl y allé prudeinn’ment. Ïn choue airait poéyu tyuaie ci Lucien. Adonc èls aint djâsè de tot èt de ran, d’lai pieudge èt di bé temps.

- Qu’ât-ce que vôs feryïns, Lucien, s’vôs diaingnïns le grôs lot ?

- Yé bïn, i vôs en bèy’rôs lai moitie.

Oûyant çoli, le méd’cïn tchoé çhâçhe.


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Traduction

Un gros lot

Le gros lot

Lucien a un problème. Il est d’une sensibilité maladive. Il ne faut guère pour l’émouvoir. Le pire, c’est quand le patron l’appelle au bureau. Paralysé par le trouble, il rougit,son coeur palpite et ses mains tremblent.

« Moi aussi je suis timide, lui dit un collègue, mais je me soigne. Tu peux faire du théâtre avec les patoisants, parler devant ton miroir, écrire tes mémoires. »

En revenant de la messe, Lucien s’est acheté un billet de loterie, l’a fourré dans sa poche et n’y a plus pensé. Sa femme l’a trouvé. C’était le bon numéro. Lucien avait gagné le gros lot. Comment faire pour le lui annoncer ? Le médecin s’en est chargé. Il y est allé prudemment. Un choc aurait pu tuer Lucien. Ils parlent de tout et de rien, de la pluie et du beau temps.

- Que feriez-vous, Lucien, si vous gagniez le gros lot ?

- Eh bien, je vous en donnerais la moitié.

À ces mots, le médecïn s’évanouit.


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