Par : Fleury LJ
Publié : 12 septembre 2012

Que c’est beau de sourire !

Qu’ ç’ât bé d’ sôri !

Jean-Marie Moine

Qu’ ç’ât bé d’ sôri  !

L’âtre djoué, i m’seus trovè â moitan d’ènne rotte d’afaints que r’venyïnt d’ lai s’nainne de condgie de ski. Els sôryïnt tus, saf yun qu’ètait graingne ! Bïn chur qu’i m’ seus aippretchie d’ lu po en saivoi ïn pô pus. E raîlait  : èls airïnt poéyu d’moéraie ïn djoué d’ pus, ses skis daitïnt d’ dous ans, èl aivait fayu aittendre po r’montaie d’aivô l’ trïnne-peuri, les pichtes n’étïnt p’ c’ment qu’è l’airait v’lu, ses pairents n’yi aivïnt p’ bèyie prou d’ sous, ...

Les âtres s’ fotïnt d’ lu en yi diaint qu’è n’était dj’mais content (entre nôs, ès n’aivïnt p’ toue  !) I m’ permâté d’yi posaie quéques quechtions. At-ç’ que te n’ coégnâs p’ de tes aimis que n’sont p’aivu és condgies de ski  ? Mains dis voûere, t’és bïn en oûedre po skiaie  ? Cobïn qu’ t’és fait d’ déchentes poi djoué  ? At-ç’ que les montrenieres dépéssïnt ch’ lai pichte (tus s’ sont écâçhès d’ rire) ? Pe l’ soi, vôs èz djûe ensoinne, vôs èz tchaintè  ?
I n’aî p’ prou d’ piaice po vôs dire ç’ qu’ è m’é réponju. Bïn chur qu’è n’é p’ v’lu m’ dire qu’i aivôs réjon, mains l’ pus bé ç’ât qu’ po fini, èl é sôri. Pe, les afaints sont paitchis, tus ensoinne, en tchaintaint.

En r’veniaint en l’ hôtâ, i m’ musôs en nôs huvies d’Aidjoûe, d’ è y é cinquante ans. D’lai noi, nôs ‘n aivïns è pô prés dieche djoués poi an. Nôs skis  ? C’était des croûeyes piaintches qu’le tonn’lie vadgeait échqueprès po nôs. E fsait dous p’tchus vés l’moitant po péssaie d’dains des rouetches po les faire è t’ni en nôs soulaies. D’aivô dous braintches de tieudre c’ment « piolets  », rouf  ! nôs s’ laincïns aivâ lai côte, chus cïntçhe centimétres de noi. Enne montreniere obïn ïn raigat, nôs voili ch’ le tiu  !

E y ‘n aivait prou po s’aimusaie c’ment des fôs, po rire, po sôri di meinme sôri que ç’tu de ç’t’afaint qui v’niôs d’ voûere d’vaint lai dyaire.

J-M. Moine

Que c’est beau de sourire  !

L’autre jour, je me suis trouvé au milieu d’un groupe d’enfants qui revenaient de la semaine de congé de ski. Tous souriaient, sauf l’un d’entre eux qui était en colère  ! Je m’approchai bien sûr de lui pour en savoir un peu plus. Il rouspétait  : ils auraient pu rester un jour de plus en camp, ses skis dataient de deux ans, il avait fallu attendre pour remonter avec le « tire-flemme  », les pistes ne lui avaient pas convenu, ses parents ne lui avaient pas donné assez d’argent, ... .

Les autres se moquaient de lui en lui disant qu’il n’était jamais content (entre nous, ils n’avaient pas entièrement tort  !). Je me permis de lui poser quelques questions. Ne connais-tu pas de tes amis qui n’ont pas été au camp de ski  ? Mais dis donc, tu es bien équipé pour skier  ? Combien de descentes as-tu faites par jour  ? Est-ce que les taupinières dépassaient sur la piste (tous éclatèrent de rire)  ? Et le soir, vous avez joué ensemble, vous avez chanté  ?

La place manque pour vous dire ce qu’il m’a répondu. Il n’a bien sûr pas voulu me dire que j’avais raison, mais le plus beau, c’est que finalement il a souri. Et, tous les enfants sont partis ensemble en chantant.

En revenant chez moi, je songeais à nos hivers d’Ajoie d’il y a cinquante ans. Nous n’avions de la neige qu’environ pendant dix jours par an. Nos skis  ? C’était de mauvaises douves que le tonnelier gardait pour nous. Il faisait deux trous vers le milieu pour y passer des liens au travers afin de les fixer à nos souliers. Avec des branches de noisetier comme piolets, hop  ! nous nous élancions dans la pente sur cinq centimètres de neige. Une taupinière ou un talus, et nous voilà sur le derrière  !

Cela suffisait pour nous amuser comme des fous, pour rire, pour sourire comme cet enfant que je venais de voir devant la gare l’avait fait.