Publié : 7 novembre

Tapage nocturne

Traiyïn de neût

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 5 novembre 2021

Traiyïn de neût

Le Milat que v’niait d’ se mairiaie d’aivô lai Lison aivait aitchtè lai maij’natte de lai Djosèphine â pie di môtie, ènne heutte que tchoéyait en rûene, èt qu’èl aivait l’intention de r’taipaie, lu que saivait tot faire. Lai Djosèphine y aivait vétyu sains confoûe, èlle y aivait éy’vè ses cïntye afaints, èlle y aivait soingnè son hanne malaitte. Èlle y ât dmoérè djuqu’è son drie çhoûeçhe. Ses hèrties l’aint vendue â Milat, èt bïn trop tchie.

Adonc, le Milat èt sai djûene fanne s’y sont inchtallès po yote yeune de mie. Dâ les premieres neûts,
ès feunent dgeinnès poi ïn courieux brut que sembyait prov’ni di dyeûgnie. Ès musainnent qu’ c’étaient des raittes. C’était taintôt c’ment des brûements de feuyes qu’an piétainne, taintôt c’ment tyaind les piaintches craquant dôs les pas.

Le Milat é tendu des traippes, èl é botè di biè empoûej’nè, èl é enfrommè le tchait dains l’ dyeûgnie, sains réjultat. Le brut se répétait tchéque neût. En lai fïn, èl ât montè lu-meinme â dyeûgnie voi les onze hoûeres di soi d’aivô ènne lantiene : ran d’ suchpèct, âtiune bredainne. Le tchait en é profitè po s’ sâvaie. Le Milat était ïntridyè. È y é di diaile, qu’è s’ât musè. Lu que n’ craiyait ne en diaile ne en Dûe, èl en é djâsè â tiurie.
- I n’ vois qu’un moiyïn, yi dit le préte. È t’ fât faire dire ènne mâsse po lai Djosèphine.

Le Milat é soûetchi ènne piece de cent sôs de sai boéchatte, c’était l’ tarif. Le chire é pris les cent sous, èl é dit enne petète mâsse po lai Djosèphine. Le Milat n’y était pe, mains sai fanne chié. Èt peus, - ç’ât ci mâcraiyaint d’ Milat qu’ l’é raicontè – ci traiyïn de neût s’ât râtè dains lai maij’natte de lai Djosèphine.

Note
Traiyïn, vacarme, tumulte. Traiyïn de neût, tapage nocturne.
Bredainne, bruit, tapage.


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info document -  MP3 - 5.6 Mo

Tapage nocturne

Émile, qui venait d’épouser Lison, avait acheté la petite maison de Joséphine près de l’église, une masure qui tombait en ruine et qu’il avait l’intention de restaurer, lui qui savait tout faire. Joséphine y avait vécu sans confort, elle y avait élevé ses cinq enfants, elle y avait soigné son mari malade. Elle y est restée jusqu’à son dernier souffle. Ses héritiers l’ont vendue à Émile, et bien trop cher.

Émile et sa jeune femme s’y sont donc installés pour leur lune de miel. Dès les premières nuits,
ils furent contrariés par un bruit étrange qui semblait provenir du galetas. Ils pensèrent que c’étaient des souris. C’était parfois comme des bruissements de feuilles piétinées, parfois comme le craquement des planches sous les pas.

Émile a tendu des trappes, il a répandu du blé empoisonné, il a enfermé le chat dans le galetas : sans résultat. Le bruit se répétait chaque nuit. À la fin, il est monté lui-même au galetas vers les onze heures du soir avec une lanterne : aucun bruit suspect.. Le chat en a profité pour prendre la fuite. Émile était intrigué. « Il y a du diable », se disait-il. Lui qui ne croyait ni en diable ni en Dieu en a parlé au curé.
- Je ne vois qu’un moyen, lui dit le prêtre. Il te faut faire dire une messe pour Joséphine.

Émile a sorti une pièce de cinq francs de sa bourse, c’était le tarif. L’abbé a pris l’argent, il a dit une messe basse pour Joséphine. Émile n’y était pas, mais sa femme si. Et puis, - c’est cet incrédule d’Émile qui l’a raconté – ce tapage nocturne a cessé dans la maisonnette de feu Joséphine.