Par : Fleury LJ
Publié : 23 septembre 2012

Bernard Chapuis, recherches étymologiques

Bernard Chapuis a entrepris de minutieuses recherches en étymologie.

Ses travaux seront accessibles au fur et à mesure de ses récoltes, en format PDF, à enregistrer pour consultation ou impression.

publication n°2, 24 septembre 2012

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les mots sont classés par ordre alphabétique


publication n°1, 25 février 2012

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La table des matières du n°1, 25 février 2012


Septembre 2012 :

Les tchâsses

Selon Simon Vatré, des tchâsses dont des bas : Ci poûere afaint n’é pus de talons en sés tchâsses. Ce pauvre enfant n’a plus de talons à ses bas. Notons en passant qu’autrefois, filles et garçons portaient, à la mauvaise saison, des bas de laine tricotés.

Dans la famille du mot tchâsse, le même auteur relève tchâssatte, chaussette, petit bas. Il cite l’expression : Ēl é mis ses tchâssattes de trembye, il a mis ses chaussettes de trembote, il a peur, vulgairement il fait dans son froc. Le français de l’époque classique exprimait la même notion par « Faire dans ses chausses », aujourd’hui totalement sortie de l’usage.

Toujours chez Vatré, nous relevons le verbe tchâssenaie, tricoter des bas, tchâssun, chausson,
tchâssure, chaussure. Ēnne tchâssenouse est une tricoteuse. Tchâssie signifie chausser. An dit que ç’ât aidé lés crevagies lés pus mâ tchâssies. On dit que ce sont toujours les cordonniefrs les plus mal chaussés. Ce verbe a un homonyme : tchâssie, nom féminin, chaussée. E fât nentayie lai tchâssie. Il faut nettoyer la chaussée. Pour A. Rey (dictionnaire historique de la langue française), chaussée n’a rien à voir avec chaussure. Le mot chaussée dériverait de chaux (lat calx ; calciata via). Les Romains ont parfois eu recours au mortier de chaux dans la construction de routes. La groise, mot qui survit en français régional, est un gravier calcaire (calx ) répandu sur les chemins.

Jean-Marie Moine complète son prédécesseur. Ainsi, on apprend que le tchâss’nou est un chaussetier, celui qui fait ou vend des chausses. Le tchâss’nou tïnt ïn bainc ch’lai foire. Le chaussetier tient un banc à la foire. Chaussetier et son synonyme chaussier sont des archaïsmes.
La machine à tricoter d’apparition récente, la tchâssenouse, a sa place dans le glossaire de Jean-Marie Moine. D’aivô sai rotte d’faints, èlle airait bïn fâte d’ènne tchâssenouse. Avec ses nombreux enfants, elle aurait bien besoin d’une machine à tricoter.

Manifestement, le mot tchâsse tire son origine de chausse. Le haut-de-chausse couvrait le corps de la ceinture au genou, le bas-de-chausse allait jusqu’au pied.

Lai Mairie des tchâsses, personnage haut en couleurs, colportait des bas tricotés et de menus objets de la vie quotidienne. Terminons par une anecdote. Ces paysans ont remis leur bien au fils aîné. Ils se cordent (s’accordent) un petit voyage et dorment dans l’hôtel où, cinquante ans auparavant, ils avaient passé leur nuit de noce. Le vieux constate avec satisfaction que rien n’a changé, même tapisserie au mur, même lavabo, mêmes patrons. Ē y é poétchaint âtçhe qu’é tchangie, remarque la femme. - Yé quoi ? - Dains l’temps, i n’é p’aivu l’temps d’rôtaie mes tchâsses, èt pe mitnaint, i poérôs en tricotaie trâs péres.

Il y a pourtant quelque chose qui a changé, remarque la femme. - Quoi donc ? - Autrefois, je n’ai pas eu le temps d’enlever mes bas, et maintenant, je pourrais en tricoter trois paires.


Chlopèt

Chlopèt, varan, miston, tchaimé, criquèt, piaînteusse, tieulè, limpèt... Si vous voulez insulter quelqu’un en patois, vous disposez d’un vaste arsenal d’injures. Esayez ! Votre victime ne s’en remettra pas.

Le chlopèt se signale par sa mauvaise conduite et donne le mauvais exemple. A éviter prudemment. I y aî dit de n’pe cheûdre ces chlopèts. Je lui ai dit de ne pas suivre ceux qui ont une mauvaise conduite. (JMM).

Le mot ne figure pas chez Vatré. En revanche, notre lexicographe ajoulot cite le mot chlompe qui désigne une femme de mauvaise vie et lui attribue une origine germanique. Chlompaie, c’est carder le chanvre ou la laine, en démêler les fils. Au figuré, c’est rouer de coups. Ēlle les é s’vent chlompè. Elle leur a souvent donné des raclées. (JMM)

Varan correspond à vaurien, çtu que n’vât ran, celui qui ne vaut rien. On trouve miston dans Le Nouveau Petit Robert, avec la mention « origine inconnue » et le sens de gamin, d’une portée bien atténuée par rapport à son usage local. Rey l’associe au nom affectueux du chat et nous renvoie à mistigri. Le miston jurassien serait plus proche de l’allemand Mist. Dans la colère, on peut aussi traiter quelqu’un de fumier !

Tchaimé désigne à la fois le chameau et une pièce de la charrue. Son dérivé tchaimeûsi signifie sournois. Le criquèt est aussi méchant que l’insecte dévastateur du même nom. Le piaînteusse est un ivrogne ; èl ât aidé piaîn, il est toujours plein. Quant au tieulè,c’est un imbécile, un idiot. Ēl ât encoé pus tieulè qu’i l’craiyôs. Il est encore plus niais que je le croyais.(JMM).

Se faire traiter de grôs limpèt, gros feignant, n’est pas plus honorable. Der Lump (all) est un mauvais sujet, un gueux, un gredin. Finalement, ènne crevûere et ïn gôs peûeri.