Publié : 10 juin 2016

Le bon Dieu a disparu.

Le bon Dûe é dichpairu.

Bernard Chapuis

Paru dans le Quotidien Jurassien du 10 juin 2016

Le bon Dûe é dichpairu.

Les dous bassins de tchie l’Eustache, le Thiophile èt peus l’Armand, ç’ât dous charognes de gosses. Touedge ensoènne po faire les quaitre cents côps. Cés qu’aint caiyolè les laimpes d’ lai viatte que bèye d’lai sen di cèm’tére, ç’ât yos. Cés qu’aint tchaimpè dains lai r’viere les çhoés qu’ lai tieumene é fait piaintaie â crouj’ment, ç’ât yôs. Ès chmarotsant les çliedges, dénitchant les oujés, rodâyant ïn po n’impoètche quoi. Èls aint l’ moére piein d’ beugnes, foûeche qu’ès s’ sont triquès. Po tchéque croûeye boeûje â v’laidge, ç’ât yos qu’an aittiuje en premie, dvaint que de tçheri.

Les poirents les aint peunis, le régent les é peunis, meinme le tiurie ; poine predjue. Lai fanne di régent bèye le catétçhisse. Èlle é di mâ d’aivo ces dous aivouitres. Cobïn d’ côps èlle dait aipp’laie son hanne â chcoué.

Çte vâprèe-li, èlle djâse di Bon Dûe, qu’ât tot aimoé, que voit tot ç’ qu’an fait, en tiu an n’ peut ran catchie. « Laivou qu’èl ât, l’ Bon Dûe ? » qu’èlle demainde en ci Thiophile.

En yûe d’répondre cment n’impoétche qué nitiou : â cie, o â môtie, o dains not’ tiûere, mon Thiophile çhiouçhe tot béche dains l’aroiye de son frére :

- Ès n’eurtrovant pus l’Bon Dûe. Ci côp, nôs sons dains lai miedge. Sâvans-nôs. Ès v’lant encoé dire qu’ ç’ât nôs ...

Notes

des bassains, des jumeaux

ïn aivouitre, un mauvais drôle


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

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Le bon Dieu a disparu.

Théophile et Armand, les deux jumeaux d’Eustache, sont des crapules. Toujours ensemble à faire les quatre cents coups. Ceux qui ont brisé les lampes publiques de la ruelle qui donne sur le cimetière, c’est eux. Ceux qui ont lancé dans la rivière les fleurs que la commune a fait planter au rond-pont, c’est eux. Ils maraudent les cerises, dénichent les oiseaux, chapardent un peu n’importe quoi. Ils ont le visage plein de bleus tant ils se sont battus. Pour chaque sottise commise au village, c’est eux qu’on accuse en premier avant d’en chercher les auteurs.

Les parents les ont punis, l’instituteur les a punis, même le curé ; peine perdue. L’épouse de l’instituteur enseigne le catéchisme. Elle a du mal avec ces deux mauvais drôles. Que de fois n’a-t-elle pas dû appeler son mari à l’aide.

Cet après-midi-là, elle parle du bon Dieu, qui est tout amour, qui voit tout ce qu’on fait, lui à qui on ne peut rien cacher. « Où est-il, le bon Dieu ? » demande-t-elle à Théophile.

Au lieu de répondre comme n’importe quel enfant : au ciel, ou à l’église, ou dans notre coeur, Théophile susurre tout bas à l’oreille de son frère :

—  Ils ne retrouvent plus le bon Dieu. Pour le coup, on est dans la merde. Sauvons-nous. Ils vont encore dire que c’est nous…

Notes

des bassains, des jumeaux

ïn aivouitre, un mauvais drôle

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