Publié : 24 novembre

L’auto-stop

L’auto-stop

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 24 novembre 2017

L’auto-stop

Tos les métçhedis lai vâprèe, le Djeain-Louyis vai djûere és câtches è Bèrlïncouèt, en lai Biantche-Croux. Ci djoué-li, èl airrive d’aivô trâs bon quâts d’hoûere de r’taid. Les âtres aivïnt dj’ aicmencie.

—  An n’ t’aittendait pus, qu’ès yi dyant. Qu’ât-ce è dire que t’airrives dampie mit’naint, toi qu’és aidé en l’hoûere ? T’ n’és p’aivu d’aiccident, â moins ?

—  Nian. Â contrére.

Le Djeain-Louyis commainde ènne biere èt peus raiconte son aiveinture.

—  Yé bïn voili. En lai soûetchie d’ Poérreintru, voi l’ gairaidge Opel, i vois ènne tote bèlle djûene fanne que f’sait d’ l’auto-stop. Çoli n’ me côte ran d’ lai pâre, qu’i m’ muse. I seus tot d’ pai moi dains çte dyïmbarde. Èt peus, cment dyait mai grant-mére, è fât rendre sèrvice taint qu’an peut. Chutôt qu’ c’était ènne tote bèlle djûene fanne.

—  Te nôs l’és dj’ dit. Aittieuds !

—  Bon, i m’ râte. Èlle eûvre lai poûetche. Vôs allèz è Saingn’ledgie ? qu’èlle me d’mainde. Nian, qu’i yi réponds. I vais à Bèrlïncouèt. Mains montèz pie. I veus vôs léchie à Yov’lie. Çoli vôs fait dj’ ïn p’tèt bout.

Dains l’ tunnel, i l’épyais tot l’ temps, che bïn qu’è lai fïn i n’aî p’ poyu m’eurteni. I yi aî botè main en premie chu ses dg’nonyes, peus drèt dôs son goéné. Vôs peutes montaie pus hât, qu’èlle me dit dgentiment.

—  Cré poûe, qu’ât-ce que t’és fait ?

—  Qu’ât-ce qu’ vôs vlèz qu’i f’seuche ? I seus montè djuqu’è Saingn’ledgie.


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L’auto-stop

Tous les mercredis après-midi, Jean-Louis va jouer aux cartes à Berlincourt, à la Croix-blanche. Ce jour-là, il arrive avec trois bons quarts d’heure de retard. Les autres avaient déjà commencé.

—  Nous ne t’attendions plus, lui disent-ils. Pourquoi est-ce que tu te pointes seulement maintenant, toi qui es toujours ponctuel ? Tu n’as pas eu d’accident, au moins ?

—  Non. Au contraire.

Jean-Louis commande une bière et raconte son aventure.

—  Eh bien voilà. A la sortie de Porrentruy, près du garage Opel, je vois une splendide jeune femme qui faisait de l’auto-stop. Je me suis dit : Ça ne me coûte rien de la prendre. Je suis seul dans cette voiture. Et, comme disait ma grand-mère, il faut rendre service tant qu’on peut. Surtout qu’il s’agissait d’une splendide jeune femme.

—  Tu nous l’as déjà dit. Continue !

—  Bon, je m’ arrête. Elle ouvre la porte. Elle me demande : « Vous allez à Saignelégier ? » Je lui réponds : « Non. Je vais à Berlincourt. Mais montez donc. Je vous déposerai à Glovelier. Cela vous fera une avance. Dans le tunnel, je la reluquais sans cesse, si bien qu’à la fin, je n’ai plus pu résister. Je lui ai posé la main d’abord sur ses genoux, puis directement sous sa jupe. Elle me dit gentiment : « Vous pouvez monter plus haut, »

—  Vieux cochon, qu’est-ce que tu as fait ?

—  Qu’est-ce que vous vouliez que je fasse ? Je suis monté jusqu’à Saignelégier.


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