Publié : 2 juin 2017

De sacrés ouvriers

Des sacrés l’ovries

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 2 juin 2017

Des sacrés l’ovries

En lai f’néjon, è n’y é p’ de temps è piedre. È n’ fât p’ botaie les dous pies dains l’ meinme sabat. An ont fâte de tos les brais.

És quaitre di maitïn, l’Eustache é dj’ sayie le p’tèt câre qu’èl é â long d’ lai foérêt de l’Aidyaisse. Èl é trait èt poétché son laicé en lai frut’rie. En r’veniaint, è voit dous bogres sietès chu ci bainc dôs les tiyats di môtie.

—  Yè, vôs n’èz ran è faire ? qu’è yôs d’mainde.

—  Niun ne nôs é engaidgies, qu’è réponjant ensoénne, ïn pô cment dains lai pairaibole des ovries d’ lai driere hoûere.

—  Eh bïn, v’nites d’avô moi. I vôs embâtche po lai djouénèe.

È les condut è son p’tèt quart tot frâs sayie.

—  Po aicmencie, vôs r’virrèz ci foin. Prentes tieusain de bïn le ch’couaie po qu’è satcheuche. I r’pésse dains ènne demé-hoûere.

Tiaind qu’è r’pésse, qu’ât ç’ qu’è voit ? Yun d’ ces gredïns coutchi â bout di pran qu’aivait tot l’air d’étre dains lai yeune èt peus l’âtre que ronfyait en l’oûerèe di bôs. Ès n’aivïnt piepe toutchi és eutis.. Mon Eustache s’ât botè en graingne.

—  Dis voûere, toi, qu’é dit â sondgeou, i n’ t’é p’ engaidgie po comptaie les oûejés. Qu’ât-ce te faîs ?

—  Bïn, vôs voites : ran !

—  Èt peus ton caim’rade li-d’vaint ?

—  Lu ? È m’éde.


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De sacrés ouvriers

En période fenaison, il n’y a pas de temps à perdre. Il ne s’agit pas de mettre les deux pieds dans le même soulier. On a besoin de tous les bras.

A quatre heures du matin, Eustache a déjà fauché le pré qu’il possède à l’orée de la forêt de l’Agasse. Il a trait et porté son lait à la laiterie. En revenant, il voit deux gaillards assis sur le banc sous les tilleuls de l’église.

—  Hé, vous n’avez rien à faire ? leur demande-t-il.

—  Personne ne nous a engagés, répondent-ils d’une seule voix, un peu comme dans la parabole des ouvriers de la dernière heure.

—  Eh bien, venez avec moi. Je vous embauche pour la journée.

Il les conduit à son petit pré fraîchement fauché.

—  Pour commencer, vous retournerez ce foin. Veillez à bien le secouer pour qu’il sèche. Je repasse dans une demi-heure.

Quand il repasse, qu’est-ce qu’il voit ? L’un de ces lurons couché au bout du pré avait l’air d’être dans la lune ; l’autre ronflait à la lisière du bois. Ils n’avaient même pas touché aux outils. Eustache a piqué une colère.

—  Dis donc, toi, dit-il au rêveur, je ne t’ai pas engagé pour compter les oiseaux. Qu’est-ce que tu fais ?

—  Comme vous voyez, rien !

—  Et ton camarade là-bas ?

—  Lui ? Il m’aide.


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