Publié : 7 juin

Au confessionnal

Dains lai boéte és mentes

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 7 juin 2019

Dains lai boéte és mentes

Yun d’ mes bons aimis m’é raicontè ènne pityante louene èt m’é proposè d’ lai botaie en patois . I veus prôvaie di meus qu’i peus.
C’était dains lai bèlle Aidjoûe, notre coénat, di temps qu’ les dgens allïnt encoé s’ conféssaie èt qu’ les tiuries d’vaivô les régents f’sïnt lai pieudge èt l’ bé temps. Ènne djûene baîchatte qu’était aivu nammèe rosiere entre dains lai boéte és mentes. Le tiurie lai quèchtionne :

- Dites-me voûere, mai fèye, ât-ce que vôs èz des côps des croûeyes musattes ?
- Oh que nian, mon pére 
- Ât-ce qu’è vôs airrive, le soi de vôs carèssaie vôs voites bïn laivou ?
- Oh que nian, mon pére 
- Ât-ce qu’è vôs airrive de manquaie lai mâsse di dûemoène 
- Djemais, mon pére.
- Adonc, mai féye, vôs vétyèz en sïnte.
- Encïnte, aye, mon pére, de trâs mois.

Notes
- lai boéte és mentes, le confessional ; littéralement « la boîte aux mensonges »
- ènne pityante louene, une histoire croustillante
- rosiere, rosière, jeune fille distinguée pour sa vertu
- vôs vétyèz en sïnte, vous vivez en sainte ; homonymie : encïnte, enceinte ; épâche et gonçhe qui ont le même sens sont d’un registre plus populaire, voire vulgaire.


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

info document -  MP3 - 2.8 Mo

Au confessionnal

Un de mes bons amis m’a raconté une histoire croustillante et m’a proposé de l’adapter en patois. Je vais essayer.

C’était en la riante Ajoie, notre coin de terre, au temps où les gens allaient encore à confesse et où les curés et les instituteurs faisaient la pluie et le beau temps. Une jeune fille qui avait été nommée rosière entre dans le confessionnal. Le prêtre l’interroge.

—  Dites-moi donc, ma fille, est-ce que vous avez parfois de mauvaises pensées ?
—  Oh que non, mon père !
—  Est-ce qu’il vous arrive le soir de vous caresser où vous savez ?
—  Oh que non, mon père !
—  Est-ce qu’il vous arrive de manquer la messe du dimanche ?
—  Jamais, mon père.
—  Alors, ma fille, vous vivez en sainte.
—  Enceinte, oui, mon père, de trois mois.