Par : Fleury LJ
Publié : 11 avril 2011

Eribert Affolter, RFJ, 10 avril 2011

Radio Fréquence Jura RFJ

Rubrique en patois du 10 avril 2011

Auteur : Eribert Affolter

Thème : les printemps d’antan !

Eribert Affplter, RFJ, 110410 -  MP3 - 3.6 Mo
Eribert Affplter, RFJ, 110410

10 d’aivri 2011

Aimis di patois bondjoué,

Le bé temps de ces dries djoués me fait musaie en mes bontemps de mai djûenence (aux printemps de ma jeunesse). Qué bés seuvenis !

Le bontemps, po moi, c’était le mois d’aivrie. Le soraye qu’vïnt pu hât dains le cie. L’houre que s’rétchâde. C’t’annèe, nôs ains t’aivu ïn heûvie bïn d’aidroit, mains, dains le temps, c’n’était’p aidé dïnche. Bïn des annèes, en c’te séjon, de lai san de l’ailombre, è y aivait encoé des moncés de noidge. Les dgealaies de lai neût bèyiaïnt de lai yace, le djoué l’âve reuchelait dains les goulates (les rigoles).

Le mois d’aivri, c’était l’ècmencement de l’écôle po les p’téts èt le tchaindgement de classe po les gros. Ce sont les seuvenis les pus foûes que me sont d’moraie. I sens encoé le souche de mai premiere maitrâsse d’écôle, tiaint èlle me pregnait tchu ces dgenonyes. I en é encoè les tchéyes (la chair de poule).

Mains les seuvenis di bontemps que me r’veniant le pu s’vent en lai téte ce sont :

Les meurdgies que botïnt lai feuye.

Les cieutchattes d’heuvie (les perce neige) èt les cocattes (les jonquilles) que çheurisïnt d’dos les saipïns.

Les ailombrattes que r’vegnïnt faire yote nid. È n’y aivait ran de pu bé que de vouere ces ailombrattes ailignès tchu les flé di téléphone. Èlles étïnt meus ailignès que des soudaits. An airé dit que les véyes béyïnt des aivisâles és djuenattes. C’ment ce c’était les drieres commaindes dvaint de péssaie le tchâtemps tchu nos tierres.

Les foéres di bontemps. L’aivou les paiyisïns allïnt aichtaie les novés utils èt tot c’qu’é fât po bïn faire le traivaiye di tchâtemps èt de l’herba.

Les djeûnes bouebes f’sïnt des eûyes migats ès baichattes. Les afaints r’ècmencïnt de sâtaie en lai corde, de djûere en lai pilome, de botaie feû yos bibis.

Dains les mâjons, ç’était les gros nenttayiaidges. An poutzait les fénétres, an euvrait totes les poûetches. Tote lai pousserat (la poussière) était prise de lai tçhaive djeuqu’â d’gnie.

Les paiyisains r’ècmencïnt de r’faire les doliages, aippointïnt po botaie feû les bétes â tchaimpois. Les campaines étïnt ripolinès. Le f’mie èt lai mieule étïnt répandu dains les tchaimps. Lai tchairrue prate po traçait les râyes. Les borlies des tchvâs r’leuygïnt. Les fâs entchaipiait, les covies aittendïnt l’âve èt lai molatte.
An voiyait dje des fannes tchri des cramias.

Ç’ât le moment de r’pâre ènne boénne golè d’oure, de nôs r’quinquaie po tote l’annèe qu’vïnt.

Tos ci r’mue ménaidge, tiaint i y muse, m’e r’vire le tiure.

Èt bïn ç’ât tot po adjed’heû. I vôs tchvâ ïn bon duemoine èt ïn bon peûtou che vôs péssè è tâle.

E. Affolter


10 avril 2011
Amis du patois bonjour,

Le beau temps de ces derniers jours me fait penser aux printemps de ma jeunesse. Quels beaux souvenirs !

Le printemps, pour moi, c’était le mois d’avril. Le soleil est plus haut dans le ciel. L’air se réchauffe. Cette année, nous avons eu un hiver tranquille, mais, dans le temps, ce n’était pas toujours ainsi. Bien des années, en cette saison, à l’envers, il y avait encore des monceaux de neige. Les gelées de la nuit donnaient de la glace, le jour l’eau ruisselait dans les rigoles.

Le mois d’avril, c’était le commencement de l’école pour les petits et le changement de classe pour les grands. Ce sont les souvenirs les plus forts qui me sont restés. Je sens encore le souffle de ma première maîtresse d’école, quand elle me prenait sur ses genoux. J’en ai encore la chair de poule.

Mais les souvenirs du printemps qui me reviennent le plus souvent à l’esprit ce sont :

Les haies qui mettaient la feuille.

Les perce-neige et les jonquilles qui fleurissaient sous les sapins.

Les hirondelles qui revenaient faire leur nid. Il n’y avait rien de plus beau que de voir ces hirondelles alignées sur le fil du téléphone. Elles étaient mieux alignées que des soldats. On aurait dit que les vieilles donnaient des conseils aux jeunes. Comme si c’était les derniers conseils avant de passer l’été sur nos terres.

La foire du printemps. Les paysans achetaient les nouveaux outils et tout le matériel pour faire les travaux de l’été et de l’automne.

Les jeunes garçons faisaient les yeux doux aux filles. Les enfants recommençaient de sauter à la corde, de jouer à la balle, de sortir leurs jouets.

Dans les maisons, c’était les gros nettoyages. On astiquait les fenêtres, on ouvrait toutes les portes. Toute la poussière était prise, de la cave au grenier.
Les paysans recommençaient à refaire les barrières, préparaient pour mettre les bêtes au pâturage. Les cloches étaient ripolinées. Le fumier et le lisier étaient répandus dans les champs. La charrue prête à tracer les sillons. Les colliers des chevaux reluisaient. Les faux étaient battues, les coffins attendaient l’eau et la pierre à aiguiser.

On voyait déjà des femmes chercher des dents-de-lion.

C’est le moment de reprendre une bonne bouffée d’air, de nous revigorer pour toute l’année à venir.

Tout ce remue ménage, lorsque j’y pense, fait chavire mon cœur.

Et bien c’est tout pour aujourd’hui. Je vous souhaite un bon dimanche et un bon appétit si vous passez à table.

E. Affolter