Vous êtes ici : Accueil > Contes, nouvelles, chansons, presse, radio, films, pages d’histoire > FPCJ, Fédération des patoisants du Canton du Jura > Maurice Jobin présente la situation du patois dans la revue Défis
Publié : 24 juillet 2019

Maurice Jobin présente la situation du patois dans la revue Défis

FEDERATION DES PATOISANTS DU CANTON DU JURA

Situation du patois dans le Jura – Généralités

Les produits du terroir ont la cote un peu partout dans le Jura. C’est un fait.
Mais qu’en est-il des spécificités régionales et locales immatérielles, le patois en tête.

Richesse culturelle bien vivante pour les uns, langue tombée en désuétude
pour les autres, le patois fait débat.

Le patois, c’est une langue à part entière. Ce n’est pas un français dégénéré.
Le patois a ses codes et ses règles et, plus que tout, c’est une langue de culture attachée à une région, à ses habitants.

Non à l’évidence, nous devons demeurer attentifs et assurer la pérennité
de cette véritable richesse pour les générations futures, pour nos enfants
et nos petits-enfants, afin que l’on puisse garder des traces.

Notre patois est-il une langue en plein déclin ? Va-t-elle disparaître et
sommes-nous ses derniers locuteurs ?

Il faut être réaliste, le patois ne sera jamais plus une langue véhiculaire ;
cela veut dire qu’il est trop tard pour sauver le parler régional et local.

Nous sommes encore nombreux à se battre pour maintenir cet héritage.
Nos efforts sont louables ; demeurons optimistes et engagés.

L’Djôsèt Barotchèt diait « L’patois, çât l’langaidge qu’i comprens l’meus. I
l’aî aippris sains m’faire è tirie les aroiyes, tchu les djnonyes de mon pére,
sèrrè contre l’tiure de mai mére èt chutôt dans les brais d’mai grand-mére.
Lai vie d’mon paiyis, aivô sés djoues èt sés poinnnes m’ât aivu raicontè en
Patois èt po çoli qu’i y’seus taint éttaichie ».

Nous avons un grand respect pour ce pionnier qui a su alimenté et maintenir cette flamme afin qu’elle ne s’éteigne pas. Inspirons-nous de cet engagement.

Revenons à l’essentiel, sur l’état des lieux de notre Fédération cantonale.

Une petite rétrospective

L’amicale des aidjolats fêtera ses 35 ans d’activité en 2019 ; celle des
taignons marquera également ses 45 ans en 2019 ; celle des vadais, qui
n’existe plus depuis 10 ans, aurait fêté ses 60 ans d’existence en 2016.

La Fédération jurassienne a été crée en 1982, soit trente-sept années
d’engagement pour la sauvegarde du patois. La FPCJ enregistre environ
600 membres inscrits, dont 70 actifs ; c’est en Ajoie que l’on enregistre
le plus de cotisants (es).

Avec l’aide du Canton, dès l’entrée en souveraineté, afin de respecter
l’article 42 de notre « constitution », on a mis sur pied une organisation,
regroupant des personnes de nos trois districts, enseignants et patoisants,
qui ont à cœur de sauver le langage de nos anciens.

Le « Réseau patois » a pour mission de préparer des activités en faveur
des écoles et d’animer des moments de patois dans les classes intéressées du canton du Jura depuis plus de dix ans.

D’un autre côté, des cours facultatifs de patois sont dispensés dans les
écoles d’Ajoie et des Franches-Montagnes. L’intérêt pour ces cours a
fortement diminué. Pourquoi cela ? Les enseignants sont très sollicités,
il faut suivre des programmes pesants, les enseignants ne savent pas
le patois. Un site internet www.djasans.ch a été créé. Ce site devait être
un outil pour les enseignants, même pour ceux qui ne savent pas parler
le patois.

Ce site offre une quantité d’activités qui sont à disposition des petits
élèves jurassiens (chants, petites histoires, comptines, poèmes, jeux, etc).

Situation actuelle

Le « Réseau patois » poursuit sa mission

• de valorisation du patois, de le rendre attractif et accessible ;
• de maintenir des contacts permanents avec l’école jurassienne ;
• de retenir des activités et de les animer dans les classes d’école ;
• d’assurer la liaison avec différents services de l’administration
jurassienne, celui de l’Enseignement et de la Culture ;
• de se référer à l’un appui inconditionnel du ministre de tutelle ;
• de collaboration aux activités organisées par les Musées du Jura ;
• d’organiser des « Ateliers patois » dans le cadre de la HEP Béjune ;
• de préserver le patois, via son site internet, qui est bien réalisé,
régulièrement irrigué et largement visité (330’000 à ce jour).

Au niveau des cours facultatifs, une vingtaine d’élèves de l’école primaire
suivent l’approche et l’enseignement du patois aux Franches-Montagnes
et en Ajoie. Ils sont dispensés par deux enseignantes retraitées dans des
conditions difficiles (déplacement, grille horaire, etc).

Les deux groupes de jeunes écoliers agrémentent nos soirées théâtrales.

Aujourd’hui

• nos amicales font des efforts particuliers pour maintenir une activité
attrayante et attractive (pratique du chant, concerts, théâtres, animation de messes chantées, liturgie et sermons en patois, organisation de
fêtes, sorties, causeries, veillées, etc).

Nos séances de théâtre sont un succès, elles attirent plus de 2100
personnes.

• régulièrement, des cours d’initiation au patois sont donnés dans le
cadre de l’Université populaire ; un cours est prévu chez les taignons ;

• à l’intention des aînés, des après-midis patoises sont organisées dans
les homes et les EMS ;

• chaque semaine, on trouve des écrits en patois dans la presse cantonale,
régionale, locale et dans des revues publicitaires ou d’associations ;

• nous avons la chance d’avoir un animateur radio, dans nos trois districts. A tout de rôle, chaque dimanche, un petit message en patois
est diffusé sur les ondes de « Radio fréquence Jura », depuis 2009 ;

• des dictionnaires du patois jurassien sont disponibles, je cite Simon Vatré
Maurice Bidaux, Marie-Louise Oberli-Wermeille et Jean-Marie-Moine ;

• dernièrement, deux ouvrages littéraires ont trouvé leur place dans nos
bibliothèques, celui de Bernard Chapuis et celui de Jacques Oeuvray .

Les objectifs de notre Fédération

• défendre notre patrimoine immatériel et d’en conserver la mémoire ;

• préserver les caractéristiques du patois jurassien, des districts et des
régions (particularité, nuance, accent) ;

• encadrer nos locuteurs de souche, il en reste quelques-uns ;

• soutenir nos amicales, ainsi qu’un petit groupe de vadais, dans leurs
activités respective ;

• poursuivre notre mission dans le cadre des activités du groupe « Réseau
patois » ; obtenir plus d’intérêt et de soutien de la part du corps enseignant ;

• privilégier les contacts avec l’Etat jurassien en particulier avec les services de l’Enseignement et de la Culture. Dernièrement, une convention
a été signée s’agissant d’un contrat de prestations et d’une enveloppe
financière ;

• obtenir un engagement accru, des pouvoirs publics, pour plus de
soutien pour la sauvegarde du patois et de nos traditions ;

• sensibiliser le monde politique sur le bien-fondé de nos actions ;

• faire découvrir, aux générations futures, l’importance d’un tel patrimoine pour assurer son existence ;

• être reconnu et apprécié par les médias et par les réseaux sociaux ;

• la reconnaissance de notre patois, issu de la langue d’oïl, par l’Office
fédéral de la culture, au titre de langue minoritaire (franc-comtois)
dans le cadre de la Chartre européenne ;

• la création d’une « Maison du patois » ; un centre de rencontre, géographiquement bien situé, pour cultiver dans un cadre convivial, la pratique du patois, langue de nos aïeux ;
• maintenir des contacts avec le »Voiyïn », cercle d’étude de la S jurassienne d’Emulation qui œuvre depuis 2001 pour la sauvegarde du patois

• réactiver l’approche auprès de la cellule patoise de la prévôté, de
Moutier, ville du Jura bernois qui a décidée de rejoindre notre Canton ;

• soutenir la Revue des patoisants de la Suisse romande, l’Amis du Patois,
éditée et imprimée en Valais ;

• présente et active au niveau de la FRIP ; notre Fédération assume la
présidence et de secrétariat durant la période 2018/2021 et elle assurera la Fête romande et internationale des patois, en septembre 2021,
à Porrentruy. Un grand rendez-vous des cultures patoises ;

• prévoir, à plus long terme, la 15ᵉ Fête cantonale.

Je suis de nature optimiste, mais aujourd’hui je suis inquiet pour l’avenir du
patois. Il faut être réaliste, nous sommes en survie. Le patois ne sera plus
jamais une langue véhiculaire. Toutefois, il faut une prise de conscience et
une volonté politique pour aller de l’avant.

Le patois jurassien, notre patois, langue minoritaire issue de la langue d’oïl,
est en danger. Restons vigilants. Le patois fait partie de notre culture qui
est un élément de notre patrimoine.

Conclusion

• défendre le patois dans la modernité ;
• encourager la pratique du patois dans le cadre de la mémoire vivante ;
• chérir notre patois, notre langue de cœur ;
• être présent dans le passé collectif.

Maurice Jobin, Alle,
président de la FPCJ

Le 3 mai 2019