Par : Fleury LJ
Publié : 12 septembre 2012

Pourquoi s’en faire ?

Poquoi s’étchâdaie ?

Jean-Marie Moine

Poquoi s’étchâdaie  ?

Nôs ‘n ains d’ lai tchaince d’ vétçhie chus ïn câre d’note bôle de tiere laivoù qu’ les séjons se n’ péssant p’ trop mâ. A bontemps, tot s’ bote è paitchi d’feus, lai naiture s’évadene c’ment ènne dôbe. Pe l’ tchâtemps cheût, qu’emmoinne brâment d’ nôs dgens en condgie, en lai vâguèye. Encheûte, l’ dgén’rou l’herbâ vïnt. Nôs graindges se rempiâchant , nôs tçhaives âchi. Enfïn, l’huvie airrive, d’aivô sai noi, ses moûejainnes édgealèes, ses grants fraids.

Note hanne qu’ s’était sietè d’vaint lai télé en aittendaint l’ match, n’aivait dj’mais sondgie en çoli. E s’était vachè ènne p’téte gotte de damè, pe pitçhait quéques crâpés dains ènne tchairpaingne chus lai tâle.

C’ feut l’houre des novèlles. El aippregné qu’des dgens étïnt moûes d’ fraid lai vaye, ch’ lai vie  ; mains lu était bïn â tchâd, â poiye. Atre paît, des millies d’ dgens, d’afaints chutôt, meurïnt d’ faim, è câse d’ lai satie  ; lu pe sai famille aivïnt è maindgie è r’bousse meûté. Des rottes de dgens n’ poéyïnt pus aivoi d’condgies poch’ qu’ èls étïnt â chômaidge  ; lu s’ètait engraingnie l’ tchâtemps péssè dains sai dyïmbarde tiaind qu’èl était aivu en lai mée. Pe tiaind qu’è voyé ces bôs, ces caimpaignes que n’ poéyant bïntôt pus pâre le d’tchus, foûeche qu’ an tchaimpe d’ lai poûerie dains l’oûere, è s’ musé en nôs paitchis-feus tiaind qu’ tot r’voidjât è r’çieurât.

L’ match ècmencé. Les sïns aivïnt predju, mains è se n’ seûvïnt d’ quasi ran di djûe. El eut meinme di mâ d’ s’ endreumi, tiaind qu’è s’boté â yét  !

J-M. Moine

Pourquoi s’en faire  ?

Nous avons la chance de vivre sur un coin de notre monde où les saisons ne se font pas trop mal. Au printemps, tout se met à revivre, la nature s’emballe comme une folle. L’été suit, qui emmène beaucoup de nos gens en vacance, à l’aventure. Ensuite vient l’automne généreux. Nos granges se remplissent, nos caves aussi. Enfin, l’hiver arrive, avec sa neige, ses gelées mordantes, ses grands froids.
Notre homme qui s’était assis devant la télévision en attendant le match n’avait jamais songé à cela. Il s’était versé une petite goutte de damassine et prenait quelques beignets dans une corbeille sur la table.

Ce fut l’heure des nouvelles. Il apprit que des personnes étaient mortes de froid, la veille dans la rue  ; mais lui était bien au chaud dans la chambre. Ailleurs, des milliers de gens, d’enfants surtout, mourraient de faim à cause de la sécheresse  ; lui et sa famille avaient à manger à satiété. Une multitude de gens n’avaient pas pu avoir de vacances puisqu’elles étaient au chômage  ; il s’était fâché l’été dernier dans son automobile alors qu’il allait à la mer. Puis, lorsqu’il vit ces forêts, ces campagnes qui ne pouvaient plus reprendre le dessus, tant on pollue l’air, il songea à nos printemps lorsque tout reverdit et refleurit.

Le match commença. Son équipe avait perdu mais il ne se souvint de presque rien du jeu. Il eut même du mal de s’endormir quand il se mit au lit  !