Publié : 20 septembre

Aux champignons

És mouchirons

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 20 septembre 2019

És mouchirons

Dâ lai séjon des mouchirons, le Zidore ne s’ sent pus. En lai pityatte di djouè, è paît d’avô son p’nie èt son couté. Dains les paîtures, è raimésse des ptèts biancs. È n’ richque ran, meinme s’è y é dous trâs pâts d’ loups d’avô. Mains dains les bôs, è prend tot ç’ qu’è trove.

Dains lai foérêt di Faihyi, è s’ béche, è tyeuye, è se r’yeuve, è se r’ béche, è tyeuye. Son p’nie ât quasi piein. Pésse ïn mairtchou d’aivô son tchïn.

—  Bondjoué, l’hanne. I vois qu’ vôs èz fait ènne boénne récolte. I peus voûere ?
—  S’ vôs v’lèz.
—  En premie, i m’ présente. I seus apotitçhaire. I m’y coégnâs. Ès m’aint nanmè contrôlou des mouchirons.
—  Yè bïn, raivoétez pie !

Dains le p’nie, è y é tot mâçhè des pies d’ motons, des trompèttes d’ lai moûe, ïn bolèt pityè d’ vèrméchés, quéques bèlles tchaint’rèlles, èt peus… L’apotitçhaire prend entre dous doigts ïn roudge mouchiron d’aivô des biantches taitches ch’ l’ tchaipé.

—  Malhèyrou ! Vôs se v’lèz empoûej’naie. Vôs ne v’lèz p’ tot d’ meinme mandgie çoli. Tchaimpèz-les tus tot comptant !
—  Pe d’ tieusain Chire ! Ç’ n’ât p’ po les maindgie, ç’ât po les vendre.


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

info document -  MP3 - 4.1 Mo

Aux champignons

Pendant la saison des champignons, Zidore ne tient plus en place. Dès l’aube, il se met en route avec son panier et son couteau. Dans les pâturages, il ramasse des psalliotes. Aucun risque, même s’il y mêle quelques vesses-de-loup. Mais dans les bois, il prend ce qu’il trouve.

Dans la forêt du Fahy, il se baisse, il cueille, se relève, se rebaisse, et cueille. Son panier est pratiquement plein. Passe un randonneur accompagné de son chien.

—  Bonjour. Je vois que vous avez fait une bonne récolte. Je peux voir ?
—  Si vous voulez.
—  Permettez-moi de me présenter. Je suis pharmacien. Je m’y connais. J’ai été nommé au poste d’inspecteur des champignons.
—  Eh bien, allez-y, regardez !

Dans le panier, il y a pêle-mêle des pieds de moutons, des trompettes de la mort, un bolet piqué des vers, quelques belles chanterelles, et puis… Le pharmacien prend entre deux doigts un champignon au chapeau rouge à taches blanches.

—  Malheureux ! Vous allez vous empoisonner. Vous n’allez tout de même pas manger ça. Jetez-les tous tout de suite !
—  Pas de souci, Monsieur. Ce n’est pas pour ma consommation, c’est pour les vendre.