Par : Fleury LJ
Publié : 17 décembre 2011

Muriaux

Meuriâ

Eric Matthey

Eric Matthey a ouvert la séance du Voiyïn à Muriaux, le 18 juin 2011, avec ce mot.

Meuriâ

Ïn djoué, è y é bïn bïn grant d’ çoli, duraint cïntçhe djoué, Due indg’nié totes soûetches de lumieres, de piaintes , de bétes è de diff’reinnes tchôses. Le chéjieme djoué, è s’boté è faibriquaie c’qu’è crayait étre son pus bé l’ovraidge : l’hanne. Po otiupaie l’condgie d’lai fïn d’lai snaine, è bricolé ïn pô : en ïn viremain è vôs soutché lai fanne …

Dâli Due musé è réçhoueçhaie !

Le s’raye, tot neu, rétchâdait tot pien. Qué tchâlou !! È n’poéyait pus t’ni li enson ! Dâli è s’en âdrait pâre ïn pô d’ frâtchou è pe d’piaîn ! Mains laivou ? En lai mée ? En lai montaigne ? En lai caimpaigne ? N’saitchaint trop, Due ravoété lai bôle d’son nové monde, lai viré, lai tâtné, lai r’viré … : « L’Amérique ? Trop d’aidgit’ment ! L’Asie ? Tot djeûte po yi aittrapaie lai djânisse ! L’Afrique ? Ç’ât po vôs fotre des noires aivisaîyes ! L’Europe ? Ê bïn voili, ci moéché d’tiere … m’aittiere ! Mains qué boidgi-boidjo d’ peupyes ! Grâle lai mée ! Ces diaîles d’ Européens aimant lai variétè, les diff’reinces, è çoli m’ bote dains l’embairrais.

« Ât- ç’qu’i veus allaie tchie les Anglais ? Nian, an n’yi maindge pe trop bïn ! »

« Tchie les Allmousses ? Nein, zuviel fietchôs » !

« En Fraince ? Que nani, tos ces tchaindg’ments, ces renvoich’ments è pe ces tchaimbardaidges d’ govern’ments m’ sôl’rïnt ! ».

L’doigt di bon Due s’râté tot d’ïn côp :

« Tïns, tïns ! Ci p’tét câre de tiere ? Pe mâ di tot ! Des montaignes, des lais, des r’vieres aivô des goûerdges ! Po m’ relâdgie, i crais vrâment qu’le seingne paiyis laivous’qu’i l’poéyeuche, ç’ât lai Suisse ! »

« Mains d’qué sen ? Qué cainton fré l’meu mon aiffaire ? »

Dâli, encoé ïn côp, l’Seigneu d’ l’univé se r’boté è musaie, djudgie, djabyaie, chcrutaie, comparaie …

« Ah ! Euréka ! » Tot comptant Due décidé qu’coli srait not’ Jura.

Dâli, s’çhainnaint po meu l’ voûere, Due voiyé tot churpris qu’son Jura était pus grant qu’è n’le craiyait :

« Sacoeurdie, que d’ contrèes ! des Aidjoûe, des Orvâ, des vâs de totes les grantous, des Montaigne di Drèt, des Ergüel, des Çios di Doubs … ! È bïn, voili c’qu’è m’fât. Ne trop hât, ne trop béche, bïn â lairdge, sâvaidge, tot pien d’naiture ! Ç’ât li qu’i veus botaie mai mâjon d’ caimpaigne … : dains les Fraintches-Montaignes ! »

« Aitieuds ! I n’ai pus qu’è tchoisi le v’laidge que sré mon tchie moi, mon hôtâ ».

Ci côp, dains ïn eurcord de ch’condes, en moins d’temps qu’é m’en fât po vôs l’dire mitnaint, l’bon Due trové c’qué tch’rait.

Tchaimpaint en l’oûere son migrôsse (pochque d’li enson, not’ paiyis ât che ptét, che p’tét !), ses câtches, è pe tos ses aipparoiyes de meujûres, è sâté d’ djoûe è pe tchainté :

« De tos ces tchairmaints v’laidges, i tchoisâs l’ pus bé : Meuriâ ! ».

Voili en quéques mots ènne tote petéte paitchie d’l’hichtoire de Meuriâ.

Due conchacré le pu bé d’ nos v’laidges,

Poyeuche t’é en d’moéraie le pus saidge !

Bïnv’niaince en vôs tus è Meuriâ … dains les Fraintches-Montaignes !

Les Foulets pe Meuriâ le 18 de djuïn
2011

Po l’envellie di Voiyïn
Eric Matthey

Tirie, airraindgie è pe tradût de :« Sourires des Franches-Montagnes », Henry Jaminon, 1953


Muriaux

Un jour, il y a bien longtemps de ça, durant cinq jours, Dieu inventa toutes sortes de lumières, de plantes, de bêtes et de différentes choses. Le sixième jour, il se mit à fabriquer ce qu’il croyait être son plus bel ouvrage : l’homme. Pour occuper le congé de la fin de la semaine, il bricola un peu : en un tournemain il vous sortit la femme …

Alors Dieu pensa à se reposer !

Le soleil, tout neuf, réchauffait tout plein. Quelle chaleur !! Il ne pouvait plus tenir là-haut ! Alors il s’en irait prendre un peu de fraîcheur et de tranquillité ! Mais où ? A la mer ? A la montagne ? A la campagne ? Ne sachant trop, Dieu examina la boule de son nouveau monde, la tourna, la palpa, la retourna … :

« L’Amérique ? trop d’agitation ! L’Asie ? Tout juste pour y attraper la jaunisse ! L’Afrique ? C’est pour vous foutre des idées noires ! L’Europe ? Eh bien voilà, ce morceau de terre m’attire ! Mais quel fouillis de peuples ! Vraiment ! Ces diables d’Européens aiment la variété, les différences, et ça me met dans l’embarras »
.
« Est-ce que j’irai chez les Anglais ? Non, on n’y mange pas trop bien ! Chez les Allemands ? Nein, zuviel choucroute ! En France ? Non merci, tous ces changements, ces renversements et ces chambardements de gouvernements me fatigueraient ».

Le doigt du bon Dieu s’arrêta d’un coup :

« Tiens, tiens ! Ce petit coin de terre ? Pas mal du tout ! Des montagnes, des lacs, des rivières avec des gorges ! Pour me reposer, je crois vraiment que le seul pays où je le puisse, c’est la Suisse ! »

« Mais de quel côté ? Quel canton fera le mieux mon affaire ? »

Alors, encore une fois, le Seigneur de l’univers se remit à penser, juger, réfléchir, scruter, comparer …
« Ah ! Euréka ! » Tout de suite Dieu décida que ce serait notre Jura.

Alors, se penchant pour mieux le voir, Dieu vit tout surpris que son Jura étant plus grand qu’il ne le croyait :

« Sacrebleu, que de régions ! Des Ajoie, des Orval, des vallées de toutes les grandeurs, des Montagne du Droit, des Erguël, des Clos du Doubs … ! Et bien voilà ce qu’il me faut. Ni trop haut, ni trop bas, bien au large, sauvage, tout plein de nature ! C’est là que je veux mettre ma maison de campagne … : dans les Franches-Montagnes ! »

« Allez ! Je n’ai plus qu’à choisir le village qui sera mon chez moi, mon hôtâ ».

Cette fois, dans un record de secondes, en moins de temps qu’il m’en faut pour vous le dire maintenant, le bon Dieu trouva ce qu’il cherchait. Jetant en l’air son migrosse (parce que de là-haut, notre pays est si petit, si petit !), ses cartes et tous ses appareils de mesures, il sauta de joie et chanta :

« De tous ces charmants villages, je choisis le plus beau : Muriaux ! ».

Voilà en quelques mots une toute petite partie de l’histoire de Muriaux.

Dieu consacra le plus beau d’ nos villages,

Puisse-t-il en rester le plus sage !

Bienvenue à vous tous à Muriaux … dans les Franches-Montagnes !

Les Foulets et Muriaux, le 18 juin 2011

Pour la rencontre du Cercle d’étude du patois « Voiyïn »

Eric Matthey

Tiré, arrangé et traduit de « Sourires des Franches-Montagnes », Henry Jaminon, 1953

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