Publié : 15 janvier 2016

Un avare

Ïn rété

Bernard Chapuis

Paru dans LQJ, le 15 janvier 2016

Ïn rété

Lo Séraphïn était coégnu po sai laidrerie. È n’y aivait p’ pus crattou qu’ lu dains tot’ l’Aîdjoûe. Ènne vraie peingnatte.

- Tés étius, Séraphïn, te n’ veus p’ les empoétchaie dains lai fôche.
 
- Vôs m’ prentes tus po ïn craissèt. I seus ménaidgeou, ç’ât diff’reint. I n’ vilipende pe mes sôs. Ç’ât po çoli qu’i ai bïn grôtè dains mai vétyaince. Ènne grante mâjon, des tieres. Mes cïntyes afaints airaint ènne bèlle hèrtaince.

Vïnt po lu l’ moment de tyitie ci monde. Èl aivait dje graiy’nè ses drieres v’lantès. Tote lai rote était atoé d’ son yét. Le poûere véye chuait. Èl aivait l’çhoûeçhe épâs. Lai Mélie, sai fanne, yi t’nyait lai main. Lai poûetche entreuvie bèyait ch’ lai tieûjènne.

- Mélie, ès sont tus li ?

- Aîye, Raphin, ès sont tus li.

- Not’ grôs, qu’è trovè çte boénne piaice è Baîle, èl ât li ?

- Aîye, Pére, i seus li. Coéraidge !

- Èt peus les quatre baîchattes ?

- Nôs sons li, Pére, les quaitre.

- Meinme çtée qu’at soeur ?

- I n’ velôs p’ vôs léchi, Pére. I praye po vôs.

- Èt peus les p’tèts l’afaints.

- Pe d’ tieusain, Raphin, eurprend lai Mélie. Ès s’ tenyant bïn saidg’ment â long d’ toi.

- Mains aidonc, fait l’ raincoiyou dains ïn çhiouche çhaîlat, poquoi qu’vôs èz léchie lai lumiere en lai tieûjènne ?


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

info document -  MP3 - 1.6 Mo

Un avare

Séraphin était connu pour son avarice. Il n’y avait pas plus grippe-sou que lui dans toute l’Ajoie. Le vrai pingre.

- Tes écus, Séraphin, tu ne les emporteras pas dans la tombe.

- Vous me prenez tous pour un radin. Je suis économe, c’est différent. Je ne gaspille pas mes sous. C’est pour ça que j’ ai bien réussi dans ma vie. Une grande maison, des terres. Mes cinq enfants auront un bel héritage.

Vint pour lui le moment de quitter ce monde. Il avait déjà écrit ses dernières volontés. Toute la famille était réunie autour de son lit. Le pauvre vieux suait et respirait difficilement. Mélie, sa femme, lui tenait la main. La porte entrouverte donnait sur la cuisine.

- Mélie, ils sont tous là ?

- Oui, Séraphin, ils sont tous là.

- Notre aîné, celui qui a trouvé cette bonne place à Bâle, il est là ?

- Oui, Père, je suis là. Courage !

- Et les quatre filles ?

- Nous sommes là, Père, les quatre.

- Même la religieuse ?

- Je ne voulais pas vous laisser, Père. Je prie pour vous.

- Et les petits-enfants ?

- Pas de souci, Séraphin, reprend Mélie. Ils se tiennent bien sagement à tes côtés.

- Mais alors, fait l’agonisant dans un souffle, pourquoi avez-vous laissé la lumière à la cuisine ?

La chronique patoise du QJ en direct :

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