Publié : 5 juillet

Les craitchies (portefaix, habitants de Saulcy)

Les Craitchies

Publié par le Voiyïn, mai 2019

Texte tiré du fonds Jolidon->http://www.image-jura.ch/djasans/spip.php?article1141 ]

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Les tros techtes que cheuyant v’niant di Fonds Jolidon ès faint paitchie d’enne thése que Robert Jolidon que v’niait de Sïnt-Brais était en train de grayenaie chu l’jurachien patois. El ât moue devaint que d’aivois poyu sôteni son traivaiye

Les craitchies

Dains ci temps-li ai Sâcy vôs ne poyïns voi enne dgens di vilaidge sains ïn cabas en lai main. /Le mére èt lai mérasse en portïnt tchécun dous.) Els aivïnt ïn cabas po allaie en lai foire, â mairtchie, és beniechons è y en é meinme qu’en preniïnt un po allè â môtie. In cabas c’était le pus bé cadeau que vôs poyeuchïns faire en ïn afaint, an enne bouenne-aimie, an enne fanne.

Enne annèe de noeûjéye, le Conseil é permis és dgens de lai tieumenatè/commune) d’en allè tiure ço qu’ès porrïnt portè d’enne main. Paidé, èls allenn’tos chus les tieumainnes (communances) aivô tchécun ïn cabas. ( E vai sains dire que louete mére èt louete mérâsse en prenienn’doux.)

L’annèe d’aiprés ât aiyu enne annèe de poirattes (biasson, poires sauvages )L’herbâ airrivè, le Conseil é peurmis és dgens d’en allè raiméssè ço qu’ès porrïnt portè des doues mains. Paidé ès pairtenn ‘ tos aivô tchécun doux cabas. ( Le mére èt lai mérâsse en aint portè doux en tchéque main.)

L’annès d’aiprés, les boeûtchenies aint portè taint de boeutchïns( pommes sauvages )qu’èl é faillu les cotè. Le Conseil é permis és dgens d’en allè raiméssè taint qu’èls en porrïnt portè. Paidé, els aint pris ïn cabas en tchétche main èt peus s’en péssenn’ doux â cop : un que retchoyait chus l’échtomaic et peus un que rependait aivâ le dôs. Le nére èt lai mairâsse aint inco pris bïn sur doux cabas en tchéque main, mains se sont inco pendus â dos enne craitche /hotte) emprâtèe Due sait laivoué. ( Les âtres dgens que n’en aivïnt djemais vu ai Sâcy sont aiyu rudement écâmis.)

L’annèe d’aiprés è y é aivu taint d’aiméres ( framboises) vou d’ambres comme qu’ès diant pai les Chôs di Doubs) que le Conseil é permis és dgens d’en tieudre dains les côtes taint qu’èls en porrïnt portè. Ci côp, niun n’é pus pris de cabas mains les hannes, les fannes, les bouebes, les baichates, les bouebas, les baichenattes, aivïnt tos (ou tus, tous ) enne craitche â dôs que les painolie aivoit lascie / vannier avait tressées).

Le mére èt lai mérâsse aivïnt inco, bïn chur, loues quaitre cabas èt peus de pas diues craîtches : enne devaint èt enne derrie.

Vôs me ne voeulés pe demaindè, n’ât-ce pe, poquoi qu’on dit Craitchies és dgens de Sâcy ? Vôs l’ais dje devisè. JS

Ce texte est daté du 4 juin 1949, il est signé J.S. Il a été copié tel quel.

Les trois textes suivants proviennent du Fonds Jolidon et appartiennent à une thèse que Robert Jolidon, originaire de Saint-Brais était en train de rédiger sur le patois jurassien. Il est décédé avant d’avoir pu soutenir son travail

Les craitchies

Dans ce temps-là, à Saulcy vous ne pouviez voir personne dans le village sans cabas à la main. (Le maire et la mairesse en portaient chacun deux.) Ils avaient un cabas pour aller à la foire, au marché, à la fête, il y en avait même qui en prenaient pour aller à l’église. Un cabas c’était le plus beau cadeau que vous puissiez faire à un enfant, à une bonne amie, à une femme.

Une année de noisettes le Conseil a permis aux gens de la communauté d’aller en chercher ce qu’ils pourraient porter d’une main. Pardi, ils allèrent tous sur les pâturages avec chacun un cabas. (Il va sans dire que le maire et la mairesse en prirent deux.)

L’année d’après fut une année de poires (des poires sauvages). L’automne arrivé le Conseil permis aux gens d’aller en ramasser ce qu’ils pourraient porter des deux mains. Pardi, ils partirent tous avec chacun deux cabas. (Le maire et la mairesse en ont porté deux à chaque main.)

L’année d’après les pommiers ont porté tant de pommes sauvages qu’il a fallu les soutenir. Le Conseil a permis aux gens d’aller en ramasser tant qu’ils pouvaient en porter. Pardi, ils ont pris un cabas a chaque main puis s’en passèrent
deux au cou, un qui retombait sur l’estomac et un qui pendait en bas le dos. Le maire et la mairesse ont encore bien sûr deux cabas a chaque main mais ont encore pendu au dos une hotte empruntée Dieu sait où. Les autres gens qui n’en avaient jamais vu à Saulcy furent très étonnés.

L’année d’après il y eut tant de framboises ou d’ambres comme on dit dans le Clos du Doubs que le Conseil a permis aux gens d’en cueillir dans les côtes autant qu’ils pourraient en porter. Cette fois, plus personne n’a pris de cabas mais les hommes, les femmes, les garçons, les filles, les petits garçons, les petites filles avaient chacun une hotte au dos que les vanniers avaient tressée.

Le maire et la mairesse avaient encore bien sûr leurs quatre cabas et chacun deux hottes, une devant, une derrière.

Vous n’allez pas me demander, n’est-ce pas pourquoi on dit Craitchies aux gens de Saulcy ! Vous l’avez déjà deviné.