Par : Fleury LJ
Publié : 22 février 2009

Les féchènnes, les fagots

Les féchènnes, un bonne histoire de derrière les fagots !

L’histoire à écouter :

Les féchènnes
Les féchènnes -  MP3 - 2.2 Mo
Les féchènnes

Les féchènnes

De Jean Christe, dit le Vadais

C’était lai Louisa qu’aivaît dit en son hanne :

- Dis-voi, Djôset, t’ n’és p’ aiyu montaie ton bôs en lai vente d’ lai bordgeaisie l’âtre djo. Nôs sont bés, s’nos ains ïn heuvie rudment fraid, c’ment ât-ce qu’an veut s’rétchâdaie ? Te dairôs bïn allaie ïn pô dains lai côte po en trovaie.

- Ah bon, s’te veus, s’te veus…

Çoli fait qu’le soi, èl é préparè sai tchairatte, èl é bïn graichi les rues po qu’an n’ l’oyeuche pe le soi et èl ât pairti.

È raivoéte è gâtche, è droite : pep’ènne raimiye è pâre, ran di tot. Tot d’ïn côp, â pie d’ïn saipnat, è voit ènne téche de féchènnes. È y en aivait doze. C’était cés d’ci gros di M’lïn, aivô ïn gros ventre, des grosses bajoues et peus c’te casquètte, yun qu’en é, qu’en é. È s’ât dit qu’èl en é prou po lu. Èl é pris ché d’ces féchènnes et èl ât r’déchendu.

Sai fanne yi dit :

- Mains t’és vite aiyu fait, c’ment és-t’ fait ?

- Oh, i n’les aî p’ faits, i les aî dérobès, voulès, è ènne téche de çtu di M’lïn.

- Ah, mains ç’ât voulaie çoli, ç’ât dérobaie, ç’ât ïn péché !

- Pe, pe, ènne bèlle boquèlle, po ché féchènnes.

- T’âdrais t’en conféssaie.

- M’en conféssaie, t’és daube ?

- Eh bïn, nos sons mairiès po l’bon èt po le croeye, ç’ât moi qu’y i veus allaie.

Çoli fait qu’le lendmain, lai voili qu’s’en vait dains lai tchaimbratte. Tiaind qu’èlle r’vïnt en l’hôta, son hanne yi dit :

- Dâli, ç’ât en ôdre ?

- Oh èye !

- Qu’ât-ce qu’è t’é dit l’tiurie ?

- Ran di tot !

- È t’é bèyie l’absolution ?

- Mains bïn chur qu’è m’é bèyie l’absolution, èt peus te sais, cti soi, te peus allaie tchur les ché âtres féchènnes que dmorant.

- Mains t’és daube ! Hyiere â soi te m’és fait ènne téte, ènne scie, ènne
rangaine poch’qu’i y en aivôs pris ché et peus mitnaint…

- Mains te vois, di temps qu’i étôs, i m’seus tot droit conféssèe po doze, te vois bïn !

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Transcrit en patois, selon l’enregistrement effectué en public.

Rossemaison, le 4 novembre 2009

D. Frund

Remarques : Le patois du Vadais a été transcrit fidèlement. Cette histoire correspond à celle qui se trouve dans le recueil « Dos le gros nouchie », p.31, avec pour titre : Ché et pe ché, çoli fait doze… (Editions Pro Jura – 1984)


L’histoire en français

Les féchènnes (faichènnes), de Jean Christe, dit le Vadais

Les fagots

Histoire drôle racontée lors d’un concert de l’Amicale des Patoisants vadais à Delémont.

Traduction : D. Frund

C’était la Louisa qui avait dit à son homme :

- Dis, Joseph, tu n’es pas allé miser ton bois à la vente de la Bourgeoisie l’autre jour. On est beau, si on a un hiver très froid, comment est-ce qu’on va se chauffer ? Tu devrais bien aller un peu dans la forêt pour en trouver.

- Ah bon, si tu veux, si tu veux…

Cela fait que le soir, il a préparé sa charrette, il a bien graissé les roues pour qu’on ne l’entende pas et il est parti.

Il regarde à gauche, à droite : pas une branche, pas une brindille de bois, rien du tout. Tout d’un coup, au pied d’un sapin, il voit une pile de fagots. Il y en avait douze. C’étaient ceux de ce gros du Moulin, qui a des grosses joues et une casquette. Un qui en a, qui en a ! (qui est riche). Il s’est dit, « Il en a assez pour lui ». Il a pris six de ces fagots et il est redescendu.

Sa femme lui dit :

- Mais tu as vite eu fait, comment as-tu fait ?

- Oh, je ne les ai pas faits, a-t-il répondu, je les ai dérobés (volés) sur une pile de celui du Moulin.

- Ah ! Mais c’est voler ça, c’est dérober, c’est un péché…

- Bah, bah, une belle affaire pour six fagots !

- Tu iras t’en confesser.

- M’en confesser, t’es daube ? (folle, idiote)

- Eh bien, nous sommes mariés pour le meilleur et pour le pire. C’est moi qui irai me confesser.

Cela fait que le lendemain, la voilà qui s’en va dans le confessionnal. Quand elle revient à la maison, son homme lui dit :

- Alors c’est en ordre ?

- Oh oui.

- Qu’est-ce qu’il t’a dit le curé ?

- Rien du tout !

- Il t’a donné l’absolution ?

- Mais bien sûr qu’il m’a donné l’absolution et puis tu sais, ce soir, tu peux aller chercher les six autres fagots qui restent.

- Mais tu es daube ! Hier soir tu m’as fait une tête, une scène, une vie…

- Mais tu vois, du temps que j’y étais, je me suis directement confessée pour douze, tu comprends ?

Rossemaison, le 26 octobre 2009, Denis Frund


Pour en savoir plus

Les féchènnes sont des fagots. Un vieux mot français, faissin ou fascine désigne la même chose.

Faissin

Voir le dictionnaire du vieux français

On utilisait ces fascines pour renforcer les positions des canons, dans les guerres aux 16e et 17e siècles. Un exemple :

Faissin autour d'un canon

Voici ce que l’on trouve dans l’encyclopédie de Diderot et D’Alembert :

FASCINES

FASCINES, s. f. (Art militaire.) ce sont dans la guerre des siéges, des especes de fagots faits de menus branchages, dont on se sert pour former des tranchées & des logemens, & pour le comblement du fossé. Voyez la Pl. XIII. de Fortification.

Les fascines ont environ six piés de longueur, & huit pouces de diametre, c’est - à - dire environ 24 pouces de circonférence ; elles ont deux liens placés à - peu - près à un pié de distance des extrémités.

Trois ou quatre jours avant l’ouverture de la tranchée, lorsque les troupes ont achevé de camper & de se munir de fourrage, on commande à chaque bataillon & à chaque escadron de l’armée, de faire un certain nombre de fascines, qui est ordinairement de deux ou trois mille par bataillon, & de douze ou quinze cents par escadron.

Les fascînes sont des ouvrages de corvée, c’est - à - dire qui ne sont point payés aux troupes. Tous les corps de l’armée en font des amas à la tête de leur camp, & ils y posent des sentinelles, pour veiller à ce qu’elles ne soient point enlevées.

On fait usage des fascines en les couchant horisontalement selon leur longueur ; c’est pourquoi on ne dit point planter des fascines, mais poser des fascines, ou jetter des fascines, parce qu’on les jette dans les fossés pour les combler.

On employe encore des fascines dans la construction des batteries & la réparation des breches après un siége : mais ces fascines sont beaucoup plus longues que les autres, ayant depuis dix piés jusqu’à douze. Voyez Saucissons, Batteries & Epaulement . (Q)

Fascine goudronnée
Fascine goudronnée, est une fascine trempée dans de la poix, ou du goudron. On s’en sert dans la guerre des siéges, pour brûler les logemens & les autres ouvrages de l’ennemi. (Q)

Vauban en parle dans ses plans d’attaque de forteresses. Les fascines font partie de l’équipement des troupes du génie.