Publié : 22 décembre 2017

Dieu ne saurait être partout

Dûe n’ sairait étre poitchot

Bernard Chappuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 22 décembre 2017

Dûe n’ sairait étre poitchot

Le nové tiurie dait s’occupaie de quaitre bairoitches. Les prétres se faint de pus en pus rais. Les mâsses, les prâtches, les entèr’ments n’yos léchant dyère de temps. Mit’naint, des daimes bèyant le catétyisse. Ç’ât lu que les é formè. Ès s’eurtrovant tchéque mois.

Dains la driere réunion, ces daimes catétyisses se sont pyaint. Ç’ât dû d’ raiccoédgeaie les voirtès d’ lai fé. Les afaints, ç’ nât pus c’ment dains l’ temps. Ès pôjant des quèchtions maléjies. Des côps, drèt po botaie lai daime catétyisse dains l’embairrais.

« Tenites, dit yènne. L’âtre djoué, d’aivô le groupe des p’tèts, nôs ains djâsè di Bon Dûe. Bïn chûr, i yôs aî dit qu’èl ât tot poitchot en lai fois. Li-dechus, ïn boûebat qu’i voiyôs po l’ premie côp – èl haibite, qu’an m’ont dit, ïn aippartement dains ci nové coinat.- m’ raivoétait l’air de s’ fotre dgentiment. È çhôraiyait.

—  Vôs dites, Daime, qu’è peut étre tot poitchot en lai fois ?

—  Chûr, petèt Lucien.

—  Si vôs comprends bïn, è peut étre en lai fois en lai tiaive èt peus â grenie.

—  T’és tot compris, petèt Lucien, poéche qu’èl ât poitchot.

—  Tchie nôs âchi ?

—  Yé poquoi qu’ çoli s’rait âtrement ?

—  Meinme dains not’ tiaive èt peut dains not’ grenie ?

—  Mains ô, petèt Lucien. Èt poquoi qu’ te çhôris ?

Le p’tèt Lucien n’é p’ poéyu s’eurteni. È s’ât botè à rire. Des gôsses laigres tchoéyïnt des l’oeûyes. Enfïn, entre dous écâçhèts, èl é grotè è dire :

—  Hé bïn Daime, i vôs aî bïn aivu. Poéche que tchie nôs, nôs n’ains ne tiaive ne grenie. »


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

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Dieu ne saurait être partout

Le nouveau curé doit s’occuper de trois paroisses. C’est que les prêtres se font de plus en plus rares. Les messes, les prêches, les enterrements, ne leur laissent guère de loisirs. Maintenant, ce sont des des dames qui donnent le catéchisme. C’est lui qui les a formées. Ils ont une réunion mensuelle.

Lors de la dernière séance, ces dames se sont plaintes. Il n’est pas simple d’enseigner les vérités de la foi. Les enfants, ce n’est plus comme autrefois. Ils posent des questions difficiles. Souvent uniquement pour mettre la catéchiste dans l’embarras.

« Tenez, dit l’une d’elles, l’autre jour, avec le groupe des petits, nous avons parlé du Bon Dieu. Bien entendu, je leur ai dit qu’il est présent partout à la fois. Sur ce, un gamin que je voyais pour la première fois – il habite, m’a-t-on dit, un appartement dans ce nouveau quartier – m’a dévisagée d’un air narquois. Il souriait gentiment.

—  Vous dites, Madame, qu’il peut être partout en même temps ?

—  Bien sûr, petit Lucien.

—  Si je vous comprends bien, il peut être au même moment à la cave et au grenier.

—  Tu as tout compris, petit Lucien, puisqu’il est partout.

—  Chez nous aussi ?

—  Et pourquoi en serait-il autrement ?

—  Même dans notre cave et dans notre grenier ?

—  Mais oui, petit Lucien. Pourquoi donc souris-tu ?

Le petit Lucien n’a pu s’empêcher de s’esclaffer. De grosses larmes perlaient à ses yeux. Enfin, entre deux éclats de rire, il réussit à dire :

—  Eh bien, Madame, je vous ai bien eue. Parce que, chez nous, nous n’avons ni cave ni grenier.


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