Publié : 27 novembre 2015

Perdu dans le ciel

Predju dains l’cie

Bernard Chapuis

Paru dans LQJ, le 27 novembre 2015

Predju dains l’cie

Ïn hanne cheurvoule l’Aidjoûe dains ènne montgolfiere. Lai bije çhioche. Èl ât ïn pô predju. È déchend sains s’ pojaie. Dôs ses pies, ïn paiyisïn r’fait sai çhojûre.
- Bondjoué, l’hanne. I m’ seus predju, qu’è m’ sanne.
- Yè, vôs n’èz p’ de câtche ?
- Lâmoi, i é tot rébyè en paitchaint, mes yunèttes, mon saic, mes câtches, tot. Ât-ce que vôs peutes me dire laivou qu’i seus ?
- Poidé ô. Vôs étes dains ïn bailon è dieche métres de hâtou.
- I l’ sais aich’ bïn qu’ vôs. Ç’ nât p’ çoli qu’i vôs d’mainde. I voérrôs saivoi laivou qu’i seus. Dâ mon p’nie, i vois ïn cieutchi, ïn vl’aidge, ènne reviere, ènne bieuve montaigne tot â fond.
- I s’rôs tot hèyrou d’vôs feuni ces renseign’ments. Mains vôs craîtes que ç’ât aijie d’ breûyie dïnche de béche en hât. Déchentes se vôs peutes èt peus v’nites faire les moirandes. Mai fanne é fait di toétché en lai fraiyûre. Vôs gott’rèz âchi not’ laîd èt peus nos andoéyes. Craîtes-me, le cie, ç’ât po les oûejés. An ât bïn meu ch’ lai tiere.

L’hanne é r’pris d’ lai hâtou èt peus èl ât paitchi d’ lai sens d’ lai frontiere.
- Yé bïn, voili ïn mâ éy’vè, que muse le paiyisain. Nôs n’sons p’ des sâvaidges. Èl airait poéyu v’ni s’ rétchâdaie. S’è veut s’ piedre dains l’ cie, qu’èl alleuche â diable !


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

info document -  MP3 - 1.6 Mo


Perdu dans le ciel

Un aérostier survole l’Ajoie dans une montgolfière La bise souffle. Il est un peu perdu. Il descend sans se poser. Sous ses pieds, un paysan répare sa clôture.

—  Bonjour, Monsieur. Je me suis perdu, me semble-t-il.

—  Vous n’avez donc pas de carte ?

—  Hélas, j’ai tout oublié en partant, mes lunettes, mon sac, mes cartes, tout. Pouvez-vous me dire où je suis ?

—  Certainement. Vous êtes dans un ballon à dix mètres de hauteur.

- Je le sais aussi bien que vous. Ce n’est pas ça que je vous demande. Je voudrais savoir où je suis. De ma nacelle, je vois un clocher, un village, une rivière, une montagne bleue à l’horizon.

—  Je serais très heureux de vous renseigner. Mais croyez-vous que c’est facile de crier ainsi de bas en haut ? Descendez si vous pouvez et venez faire les quatre-heures. Ma femme a fait du gâteau à la crème. Vous goûterez aussi notre lard et nos saucisses. Croyez-moi, le ciel, c’est pour les oiseaux. On est bien mieux sur la terre.

L’homme a repris de la hauteur et il est parti du côté de la frontière.

—  Eh bien, voilà un mal élevé, pense le paysan. Nous ne sommes pas des sauvages. Il aurait pu venir se réchauffer. S’il veut se perdre dans le ciel, qu’il aille au diable !

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