Publié : 29 mai 2017

Ressemblances

Çhérainces

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 26 mai 2017

Çhérainces

Le p’tèt Loïc ât ïn tchairmaint boêbouat de quaitre ans, d’aivô des biondes boutyes, ïn nèz tçhaimu, des tot bieus l’oeûyes. È pésse lai djouénèe tchie sai grant-mére, poéche que les dous poirents traivaillant feu èt n’aint p’ le temps d’ s’en ottyupaie. Aiprès l’écôle, sai soeur qu’ât en premiere annèe l’eurdjoint. Le soi, lai mére o bïn l’ pére vïnt r’pâre les afaints.

Ç’ât l’hoûere de lai nonne. Lai grant-mére eurcit ces daimes po baidj’laie atoé d’ènne étçhéyatte de thé èt d’ènne taiyoulèe d’ glouglouf. Le p’tèt Loïc ât révoiye. Lai grant-mére ât allèe le tçhri po l’ môtraie tote fie en ses envellies. « Qué bé l’afaint ! Te m’ fais ïn p’tèt çhôri ? Guili guili ! »

Çt“aindg”lat fait l’aidmirachion de totes ces daimes. Les compyiments chu sai biâtè pieuvant. Èt peus, è fât è tot prix trovaie des çhérainces.

—  È r’tire brament aiprès toi, Lucie, dit yènne.

—  Po moi, ç’ât tot pitye sai mére, dit ènne âtre.

—  Mains èl é âchi brament d’ son pére, dit ènne trâjieme.

Les raippretch’ments se peurcheyant. « Èl é l’ nèz tçhaimu d’ son grant-pére. Èl é les bieus l’oeûyes de sai tainte. Révijèz l’ moton, ç’ât putôt l’ pére. Mains èl é les boutyès pois d’ sai mére. Vôs étes bïn d’aiccoûe. »

—  I aî âchi lai tiulatte de mai grante soeur, fait l’ nitiou. Lai mïnne était tote move.

Note
çhérainces, ressemblances


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Ressemblances

Le petit Loïc est un charmant garçonnet de quatre ans, avec des boucles blondes, un nez camus, des yeux très bleus. Il passe la journée chez sa grand-mère. Les deux parents qui travaillent à l’extérieur n’ont pas le temps de s’occuper de lui. Après l’école, sa soeur qui est en première année le rejoint. Le soir, la mère ou le père viennent récupérer les enfants.

C’est l’heure du goûter. La grand-mère reçoit ces dames pour bavarder autour d’une tasse de thé et d’une tranche de kougelhopf. Le petit Loïc est réveillé. La grand-mère est allée le chercher pour le présenter toute fière à ses invitées. « Quel bel enfant ! Tu me fais un petit sourire ? Guili guili ! »

Ce petit ange fait l’admiration de toutes ces dames. Les compliments sur sa beauté pleuvent. Elles s’ingénient à établir des ressemblances.

—  Il tient beaucoup de toi, Lucie, dit l’une.

—  Selon moi, c’est le portrait de sa mère, dit une autre.

—  Mais il a aussi beaucoup de son pére, ajoute une troisième.

Elles continuent de souligner des similitudes. « Il a le nez camus de son grand-père. Il a les yeux bleus de sa tante. Observez le menton, c’est plutôt le père. Mais il a les cheveux bouclés de sa mère, on est bien d’accord. »

—  J’ai aussi la culotte de ma grande soeur, intervient le bambin. La mienne était trempée.


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