Par : Fleury LJ
Publié : 25 avril 2009

Cadeaux de Noël, Cromas de Nâ

Conte de la Chandolatte, Ghete n°96/2008, p.20

Dans le Ghete, la revue du Clos du Doubs, paraissent régulièrement des contes écrits par La Chandolatte, alias Madeline Froidevaux.

Voici un conte de Noël lu par Marie-Madeleine Oriet, à Porrentruy, le 25 avril 2009.

Cadeaux de Noël, La Chandolatte
Cadeaux de Noël, La Chandolatte -  MP3 - 2.7 Mo
Cadeaux de Noël, La Chandolatte

Patois d’origine de Soubey, lu avec un accent vadais.

Le même conte lu par Michel Cerf, accent ajoulot

info document -  MP3 - 2.8 Mo

textes en patois et en français


Cromas de Nâ

Aîche tôt qu’nôs aivions r’cié de Paris le catalogue de Lai Samaritaine, nos, les quatre afaints, nos batayïnt po l’avoi et faire des prodjets d’aiprés tôt qu’è yi aivait d’daint.

Les hayons, nos n’les vouetïns painé. C’était bïn chûr les bibis, les poponattes po nôs les tras baichattes, et les tchvas et les motos en tôle po mon frère.

Nos pairents ne nos diyïns ne aiye, ne nian, et tiand lai c’mmainde était péssaie, nos n’airratïns p’de musaie en ço qui nos aivins tchoisi.

Et tiant lai caisse, qui fesait quasi ïn métré de totes les sens, arrivait, qu’elle était à moitan di poiye, nos étïns c’ment des aîchattes aiprès di mie. En virait, en youquait â di toué en breuyaint çat lequé po moi ?, bin chûr aidé d’aivô l’échpoi de s’cidre ço qui nôs aivions tchoisi.

Hélais, trâs côps hélais : po tus les quaitre, c’étaient des hayons !
I m’en s’vins qu’i côp, po moi, c’était ïn tchaipé, ïn bé tchaipé, ïn p’tit breton. Voili qu’i se tchoit de hât ! Ma mère m’I’é posé tchu la téte é me dit :

- È te vai c’ment ïn gant !

Moi, i n’aivô qu’ènne envie, c’était d’faire c’ment mon frère...

Mai grand mère qu était coudry, yi aivait couju ènne belle petite véture : des tiulattes couétches et ïn djaicat.

Lu n’é ran dit, mains el é pris c’te belle véture et, ne yun ne dous, el l’é enflé dains le foena, tchu les braîses qu’étïns bîn roudges. Çoli è vite senti le breûlon. Mai mère l’é vit’ment retirie di fue, soûeçhèe et dînche savèe des çhaimes.

Ç’ât vrai que, tos les côps qu’é m’fayait botaie c’te p’tét breton, i airais bïn pîeuré. C’était aidé po allaie à môtie. È fayait mairtchie djeuque à douzinne bainc, et i aivô grosse voirgoingne.

Les Cieutchattes vos tuâtans ïn bon Nâ de paix, et aitot ïn tôt bon An, et se redoiyans de vos r’trôvaie en l’écmencement di bontemps.

Lai Tthaindelatte

Un petit breton, dessin de Madeline Froidevaux

Un petit breton, dessin de Madeline Froidevaux


Cadeaux de Noël

Aussitôt que nous avions reçu de Paris le catalogue de La Samaritaine, nous, les quatre enfants, nous nous bataillions pour l’avoir et faire des projets d’après tout ce qu’il y avait dedans.

Les habits, nous ne les regardions même pas. C’étaient bien sûr les jouets, les petites poupées pour nous les trois filles, et les chevaux et les motos en tôle pour mon frère.

Nos parents ne nous disaient ni oui, ni non, et quand la commande était passée, nous n’arrêtions pas de penser à ce que nous avions choisi.

Et quand la caisse, qui faisait quasi un mètre de tous les côtés, arrivait, qu’elle était au milieu de la belle chambre, nous étions comme des abeilles autour du miel. On tournait, on sautillait autour en criant c’est lequel pour moi ?, bien sûr toujours avec l’espoir de recevoir ce que nous avions choisi
.
Hélas, trois fois hélas : pour tous les quatre, c’étaient des habits !

Je me souviens qu’une fois, pour moi, c’était un chapeau, un beau chapeau, un petit breton. Voilà que je suis tombée de haut ! Ma maman me l’a posé sur la tête et me dit :

- II te va comme un gant !

Moi, je n’avais qu’une envie : c’était de faire comme mon frère...

Ma grand-mère, qui était couturière, lui avait cousu un beau petit complet (tenue) : des culottes courtes et un veston. Lui n’a rien dit, mais il a pris cette belle tenue et, ni une ni deux, il l’a enfilée dans le fourneau, sur les braises qui étaient bien rouges. Cela a vite senti le brûlé. Ma mère l’a rapidement retirée du feu, soufflée et ainsi sauvée des flammes.

C’est vrai que, toutes les fois qu’il me fallait mettre ce petit breton, j’aurais bien pleuré. C’était toujours pour aller à l’église. Il fallait marcher jusqu’au second banc, et j’avais grosse honte (vergogne).

Les Clochettes vous souhaitent un bon Noël de paix, et aussi une toute bonne année, et se réjouissent de vous retrouver au début du printemps.

La Chandolatte