Publié : 18 janvier

Le rôte-poussat

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 18 janvier 2018

Le rôte-poussat

Lai fèrme ât predjue ch’lai Montaigne. En huvie, èlle ât drèt copèe di monde, enchev’lie dôs lai nadge. An n’ voit pus dyère qu’ lai femiere montaie dains l’ cie. C’ment qu’èlle fait, çte Maithilde po t’ni l’ côp, tot d’ pai lée, sains véjïns se ç’ n’ât les tchvattes, les r“na”ids èt les cras ? Sains tchïn non pus ; le drie é canè en meinme temps qu’ le patron. È y é bïn l’ facteur que pésse ïn côp la snainne èt que yi poétche di butïn d’aivô lai feuille, ç’ât è pô près tot. Tiaind qu’ son hanne vétyait encoé, èl euvrait lai vie d’aivô l’ triangle èt peus ses dous tchvâs.

En lai bèlle séjon, ç’ n’ât dyère meu. Quéque rôlou s’ râte po d’maindaie son tch’mïn. Lai Maithilde yi voiche ïn voirre de vïn. I n’aî p’ fâte de vôs dire que çte mâjon, predjue drie lai yeune, n’é p’ l’électricité. Maithilde se tchâde â bôs, èlle se çhaire és tchaindoilles. Èlle peuge l’âve â pouche.

Le Schmitt vend des rôte-poussat. Èl airpente tot l’ dichtrict po faire des démonchtrachions èt notaie les commaindes. :« L’écouve, ç’ât fini, qu’è dit. Nôs sons entrès dains lai modèrnitè. Vôs v’lèz voûere, ci rôte-poussat, vôs ne v’lèz pus saivoi vôs en péssaie. »

Lai Maithilde, que beûye drie les lades de lai tieujènne, voit ènne dyïmbarde s’aippreutchie. Ç’ât mon Schmitt que tyie è yi enflaie ïn d’ ces rôte-poussat.
—  Léchites-me â moins faire ènne démonchtrachion. Bèyietes-me des ceindres di foénat.

Èl en tchaimpe ïn pô tot poitchot dains lai tieujènne. Lai Maithilde yeuve les brais :
—  Vôs r’bôlèz o bïn ?
—  Mit’naint, qu’è dit, môtrèz-me laivou qu’ât lai prije ?
—  Quée prije ?

Note :
le rôte-poussat, l’aspirateur


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L’aspirateur

La ferme est perdue sur la Montagne. En hiver, elle est complètement coupée du monde, ensevelie sous la neige. On ne voit plus guère que la fumée monter dans le ciel. Comment fait-elle, Mathilde pour tenir le coup, toute seule, sans voisins si ce n’est les chouettes, les renards et les corneilles ? Sans chien non plus ; le dernier s’en est allé en même temps que le patron. Il y a bien le facteur que passe une fois par semaine et qui, avec le journal, lui apporte le ravitaillement. C’est pratiquement la seule visite. Quand son mari vivait encore, il ouvrait la route enneigée à l’aide du “triangle” tirée par deux chevaux.

À la belle saison, ce n’est guère mieux. Parfois, un randonneur s’arrête pour demander son chemin. Mathilde lui verse un verre de vin. Inutile de préciser que cette maison, perdue derrière la lune, n’a pas l’électricité. Mathilde se chauffe au bois et s’éclaire à la bougie. Elle puise l’eau du puits.

Un certain Schmitt vend des aspirateurs. Il sillonne tout le district pour faire des démonstrations et remplir son carnet de commandes. « Le balai, c’est fini, clame-t-il. Nous sommes entrés dans la modernité. Vous verrez, vous ne pourrez plus vous passer d’aspirateur. »

Mathilde, qui guigne derrière les volets de cuisine, voit s’approcher une voiture. C’est Schmitt qui cherche à placer un aspirateur.
—  Laissez-moi au moins vous faire une démonstration. Donnez-moi des cendres du fourneau !

Il en répand partout dans la cuisine. Mathilde lève les bras :
—  Vous devenez fou ou quoi ?
—  Maintenant, dit-il, indiquez-moi où est la prise ?
—  Quelle prise ?

Note :
le rôte-poussat, l’aspirateur