Publié : 10 juillet 2015

Une neuvaine pour la pluie

Ènne nûevainne po lai pyeudge

Bernard Chapuis

Paru dans LQJ du 10 juillet 2015

Ènne nûevainne po lai pyeudge

Dains le temps, an f’sait des nûevainnes po obteni lai pyeudge. L’abbé Paul Beuret était ïn afaint des Roudges-Tieres. Èl é dit sai premiere mâsse dains lai graindge de ses poirents. C’était le Kulturkampf qu’é léchi des bïn croûeyes seuv’nis dains les mémoûeres.

L’abbé Beuret feut nanmè tiurie des Breuleux. C’était ïn hanne qu’aivait les pies chus tiere. Èl y eut ènne grante chatchou. I crais qu’ c’était en 1893. Les pouches étïnt quasi veuds. È n’aivait p’ pieû dâ lai Féte-Dûe. Bétes èt dgens seuffrïnt d’lai tchalou. Les tchaimpois étïnt tot djânes. Les eûtches n’valïnt pus ran. An se f’sait di tieusein po les fruts, les moûechons èt pe tot l’ rèchte.

Yun aiprés l’âtre, les bairoitchous sont vnis en lai tiûere : « Chire, nôs mainquans d’âve. È vôs fât faire ènne nûevainne. » Le braîve tiurie n’était p’po ces pratitçhes. È réponjait qu’è n’ fât p’ borgie l’ Bon Dûe. En lai fïn, l’ présideint d’ bairoitche lu-mêinme v’nié le r’yainçaie : « Nôs vlans tot piedre se vôs n’ boudgietes pe. È nôs lai fât, çte nûevainne. »
- Ôyites-me, les Sain’lédgies en faint yènne de nûevainne. Tiaind qu’èls airaint lai pyeudge, cment qu’nôs sons véjïns, nôs l’airains âchi.


Ecouter la chronique lue par Bernard Chapuis

info document -  MP3 - 1.5 Mo

Une neuvaine pour la pluie

Autrefois, on faisait des neuvaines pour obtenir la pluie. L’abbé Paul Beuret était un enfant des Rouges-Terres. Il a célébré sa première messe dans la grange de ses parents. C’était le Kulturkampf qui a laissé de bien mauvais souvenirs dans les mémoires.

L’abbé Beuret fut nommé curé des Breuleux. C’était un homme qui avait les pieds sur terre. Il y eut une grande sécheresse. Je crois que c’était en 1893. Les citernes étaient pratiquement vides. Il n’avait pas plu depuis la Fête-Dieu. Bêtes et gens souffraient de la chaleur. Les pâtures étaient toutes jaunes. Les potagers ne valaient plus rien. On s’inquiétait pour les fruits, les moissons et tout le reste.

L’un aprés l’autre, les paroissiens s’en vinrent à la cure : « Monsieur le Curé, nous manquons d’eau. Il vous faut faire une neuvaine. » Le brave curé n’était pas pour ces pratiques. Il répondait qu’il ne convient pas de faire pression sur le Bon Dieu. À la fin, le président de paroisse lui-même vint le relancer : « Nous allons tout perdre si vous n’agissez pas. Il nous la faut, cette neuvaine. »
—  Écoutez, à Saignelégier, ils en font une. Quand ils auront la pluie, comme nous sommes voisins, nous l’aurons aussi.

La chronique patoise du QJ en direct :

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