Publié : 13 juillet 2018

La clé des rêves

Lai çhiè des sondges

Bernard Chapuis

Publié dans le Quotidien Jurassien le 13 juillet 2018

Lai çhiè des sondges

Dâ ïn bout d’ temps, i f’sôs tçhéque neût ci cauchemar : Ïn énorme rait s’en prenyait en mes neus soulaies qu’i aivôs paiyie bïn tchie. È les dévoûerait tos les dous èt n’ léchait ran qu’ les yaiçats. I m’ révoiyôs tot en moitou. Qu’ât ç’ que çoli poéyait bïn dire ?

I trové dains ènne de ces feuilles gratisses l’aidrasse d’ïn médium d’aivô son nimr’ro de laividjâse. L’hanne se bradyait d’aivoi brament d’ povoi. È f’’sait le ch’crèt, è f’sait le r’botou, è tyirait les câtches, èt peus chutot, è détchiffrait les sondges. I m’ dyôs qu’è poéyait âchi traidure le mïnne. I m’seus dicidè d’allaie l’ trovaie.

I soénne. Ènne djûene baîchatte me fait entraie dains ïn poille laivoû qu’an n’ voiyait quaisi ran. I aivôs pavou d’ me piedre dains çte noi-nêut. Tiaind qu’ mes l’oeûyes se feunent aiccoutumès, i aî vu l’ mège, ïn grant l’hannne véti d’ènne biantche reube et drassie entre dous tchaindoyes. Èl aivait ènne tchoite chus l’épâle èt peus ènne bôle de voirre chus sai tâle. I aî échpyiquè mon probyème, mon hichtoire de croûye sondge d’aivô ci rait èt ces soulaies.

—  Po drèt mït’naint, qu’è m’é dit, çoli n’ât p’ bïn ailaîrmaint. Mains i m’ fais di tieusain po lai cheute. S’è y é ïn tchaindg’ment, vôs r’verrèz.

—  Qué tchaindg’ment ? C’ment qu’i dais l’ compâre ?

—  Se ènne de ces neûts d’aiprés, vos soulaies mandgeaint ci rait.

I aî bïn vu qu’è s’ fotait d’ moi. Mains è m’é tot d’ même cairottè cïntyante francs.

Note

le laividjâse, le téléphone


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La clé des rêves

Depuis quelque temps, je faisais chaque nuit ce cauchemar : Un rat énorme s’en prenait à mes nouveaux souliers que j’avais payés bien cher. Il les dévorait tous les deux, ne laissant que les lacets. Je me réveillais en sueur. Qu’est-ce que cela pouvait bien signifier ?

Je trouvai dans un journal gratuit l’adresse d’un médium avec son numéro de téléphone. L’homme se vantait d’avoir beaucoup de pouvoir. Il faisait le secret, il était rebouteux, il tirait les cartes, et surtout, il interprétait les rêves. Je me disais donc qu’il devait être capable d’expliquer le mien. Je me décidai à le consulter.

Je sonne. Une jeune fille m’introduit dans une salle obscure. J’avais peur de me perdre dans ces ténèbres. Quand mes yeux se furent accoutumés, j’ai vu le mage, un grand type vêtu d’une robe blanche et qui se tenait debout entre deux cierges. Il avait une chouette sur l’épaule et une boule de cristal sur sa table. Je lui expliquai mon problème, cette histoire de cauchemar avec ce rat et ces souliers.

—  Pour l’instant, me dit-il, ce n’est pas trop inquiétant. Mais je me fais du souci pour la suite. S’il y a du changement, revenez..

—  Quel changement ? Qu’entendez-vous par là ?

—  Si une de ces nuits prochaines, vos souliers mangent le rat.

J’ai bien vu qu’il se payait ma tête. Mais il m’a tout de même extorqué cinquante francs.